La molle de la France molle

Oh maisJe n’ai pas de récepteur de télévision, et lorsqu’il se passe quelque chose d’important -ce dont je suis averti par la radio (de manière très intermittente) ou par Internet- je regarde BFMTV sur mon ordinateur. Non que cette chaîne soit meilleure que les autres, mais elle n’est pas pire, et j’aime écouter parfois BFM Business avec les analyses de Nicolas Doze, ou de Marc Fiorentino, qui disent souvent des choses sensées. Ça s’arrête là, et lorsque j’ai besoin d’un renseignement non perverti par le Propaganda Staffel, je m’adresse à des sites que je juge honnêtes, en procédant par recoupements. C’est dire que l’on ne me verra jamais, électroencéphalogramme plat, avachi devant un écran de télévision, et, pire, avec un infâme « plateau-télé » pour tout potage. C’est dire aussi que je laisse « Plus Belle la Vie », propagande perverse, tout comme « C dans l’air », « Ça se dispute » etc… (Il paraît qu’il y en aurait 52 pages sur Wikipédia !) aux minus habens cérébraux. Il n’y a donc pas de récepteur de télévision chez moi : objet honni, tabou indésirable.

Seulement voilà : ça ne plait pas aux services de « contribution à l’audiovisuel public ». J’ai beau leur dire que je n’ai pas de récepteur, ils ne me croient pas. Pour deux raisons : la première est que toute administration, loin d’être au service du citoyen, considère celui-ci comme un contrevenant potentiel, voire un délinquant qu’il importe de punir. Car ne l’oublions pas : dans la France fasciste de 2014, quiconque échappe pour une raison même légale, à la prédation fiscale, est criminel. Enfin… pas tout le monde : il y a des minorités visibles à qui l’on ménage l’impunité même si elles sont dans l’illégalité. La seconde raison est qu’un sujet (on ne peut plus parler de citoyen) ne saurait qu’être conforme à l’idée que l’administration de Sa Bouffissure l’État se fait de lui : un gentil mouton, qui se laisse tondre, obéit aux chiens et se laisse égorger sans protester. Donc possède obligatoirement un récepteur de télévision, afin de recueillir par son agenda setting la Bonne Parole des Médias, relais de la politique des Grands « Communicateurs » (comme se disaient les Ceausescu).

Alors, vous voyez le problème : un type qui n’a pas la télé est forcément hors-la-loi, et donc on peut lui tirer dessus sans sommation et surtout sans état d’âme. C’est ainsi qu’un bureaucrate m’adressa un poulet dans lequel il prétendait s’être présenté chez moi le 20 mars, pour vérifier si je ne possédais effectivement pas de boîte à images perverses, mais que comme je n’étais pas là… gnia gnia gnia…. Je n’ai vu personne essayer de forcer ma porte à cette date, et de fait peu s’y résoudraient, à moins d’être complètement inconscients. A vrai dire, je l’emmerde, et même s’il eût été porteur d’une carte tricolore et d’un mandat de perquisition, je lui eusse interdit manu militari de franchir mon seuil. L’État n’a pas à envahir le privé des citoyens. Mais le comble de la confusion, c’est la menace voilée de sa correspondance. Je cite : «( Si toutefois vous déteniez un appareil récepteur de télévision…) je vous invite à régulariser votre situation en renvoyant la déclaration rectificative ci-dessous complétée et signée. Un avis d’imposition de 131 euros vous sera ultérieurement adressé à titre exceptionnel, l’amende de 150 euros ne sera appliquée, pour la contribution à l’audiovisuel public due en 2013I » Vous avez bien lu : le sbire étatique est persuadé que je vole … des voleurs !

Bien entendu, je l’ai renvoyé paître, et je suis bien décidé à résister à ce chantage ignoble. Et plus loin : avons-nous besoin d’un audiovisuel public ? Devons-nous payer les Pulvar  et autres sacripants du Propaganda Staffel, alors même que nous vomissons en les regardant ? On nous extorque déjà l’impôt au-delà de toute raison pour financer des officines antinationales, des « zassocs » pourries, une clientèle électorale pour le Parti Spoliateur, un ministère de la « cu-culture » aussi utile qu’un Ministère de la Marine en Centrafrique, des gender theories, et l’on voudrait encore nous faire payer l’intox publique ? Cela suffit ! J’appelle à la subversion !

À vrai dire, ce n’est là qu’un aspect presque anecdotique de ce fascisme qui nous étouffe, et contre lequel les citoyens devenus sujets ne prennent pas les armes, à l’inverse de leurs aînés qui montèrent sur les barricades pour cent fois moins que cela. Comme si glisser un bout de papier dans l’urne allait guérir les maux de ce pays !

Franchement, je suis écœuré, et, pire, révolté. J’ai aimé désespérément ce Pays, malgré ses énormes défauts, mais à présent, devant le foutoir qu’il est devenu, j’aspire à le quitter. En lisant Valeurs Actuelles  de ce jour (24 avril 2014), je tombe sur une réflexion politique d’Éric Brunet (page 24). Son dégoût est le mien, jugez-en :

Parlant d’une maladie de langueur appelée « molle du Léman », il évoque une dépression locale : « c’est un syndrome mélancolique que l’on attrape l’hiver, à trop fréquenter les brumes du lac », qui peut « pousser aux pires extrémités ». Et, dit Brunet, « Moi, c’est la molle de la France qui vient de me tomber dessus. » La molle de la France l’envahit : « Tout ce qui est français me paraît médiocre : le cinéma, les Renault, l’art contemporain, la politique, la littérature, les mesures pour redresser le pays… » « Je ne suis plus amoureux de la France (…) Je ne supporte plus ses jérémiades, son arrogance, sa vision étroite et racornie du monde, sa connerie. Alors je m’efface, moi le patriote, le cocardier barrésien, hier candidat à toutes les exaltations tricolores… ». En effet : peut-on encore aimer un pays qui vous méprise à ce point et chérit un tas d’imbéciles pervers qui s’appelle « intelligentsia » par antiphrase ?

Que faire, se demande Brunet ? Que faire, dis-je ? « Attendre une rémission, bien-sûr ! » mais en attendant (et cela risque de ne pas arriver, au rythme où vont les affaires), « l’amour de la France, j’ai déjà donné. Trop peut-être. Je déserte. J’emporte avec moi Stendhal et Brassens. Le reste, vous pouvez le garder. » Moi, Vautrin, je passe en dissidence ouverte, et j’emporte, en sus des deux auteurs cités, Châteaubriand, Tocqueville et Bastiat. Et le souvenir de Jehanne, la Bonne Lorraine.

Sacha

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