Epître au juge

« …Et j’entends que vous interveniez fermement auprès du tribunal ! Non mais ! S’en prendre à la première Dame de France ! » Les glapissements de Rottweiler emplissaient l’Élysée, transformé pour l’heure en repaire de harpie. Moi, planqué derrière une statue en stuc représentant David et Jonathan en pleins ébats, je me marrais. Soliveau fuyait promptement pour éviter des coups de discipline – en fait un chat à neuf queues- que cherchait à lui asséner la virago empourprée et près d’exploser. Ce qu’à Dieu ne plût : c’eût été très salissant. Le Roi finit par gagner son bureau et s’y barricader :  « Très bien, ma douce ! Vos désirs sont des ordres ! ». Je gagnai mon observatoire habituel, pour constater les désordres occasionnés par les désirs de la grognasse..

Soliveau le Second haletait, éperdu dans sa fuite. Il décrocha le téléphone : « L’intérieur ? Ici le Roi. Passez-moi le Ministre ! …. Allô ? Mon bon Valse ! Car pointez-vous céans, fissa ! ». En attendant l’arrivée de Monsieur du Dedans, le monarque pianotait nerveusement son péan favori : Les p’tit’ femmes de Bity. Enfin, Valse fit irruption, l’air catastrophé, dans le saint des saints. « Sire ! Que se passe-t-il ? Une émeute ? » « Pire que cela, Valse, une révolution ! » « Ah bon ? répliqua naïvement Valse, déjà ? » « C’est à propos du procès que fait Valy à Jakubyszyn.. » « A vos souhaits, Sire ! » « Merci, mon bon Valse, mais je n’ai pas éternué ! corrigea le Roi, j’essayais de prononcer le nom impossible de cet impudent de journaliste qui, avec sa complice Bouilhaguet… quand je pense que c’est un nom de Corrèze, ça ! A qui se fier ! …. » « Oh ! A personne, votre Majesté ! assura Valse, quand vous pensez qu’on nous a traités de fascistes à l’Assemblée ! » « C’est pas faux ! marmotta le Roi, mais là n’est pas la question ! »

Soliveau-le-minuscule poursuivit : « La question est que Valy entend poursuivre ces deux escogriffes pour l’avoir salie dans leur livre « La Frondeuse » même que d’après Valy ils auraient dit des méchancetés sur elle qui ne sont même pas vraies ! Elle a porté plainte, et il y a procès… » Valse eut l’air embarrassé : « Eh ! Quoi ! Les juges hésiteraient-ils à châtier les impudents ? » « Oh ! Ils ont beau être aux ordres, on dirait qu’ils prennent leur temps ! » ragea le Roi. «Mon bon Valse, nous devons les rappeler à leurs devoirs ! » « C’est que… En principe, le judiciaire n’obéit pas à l’exécutif ! hésita Valse, nous avons fait assez de commentaires là-dessus lors du précédent règne ! » « Peu me chaut ! l’interrompit nerveusement le monarque, il ne sera pas dit que l’on ne punirait pas deux voyous ayant offensé la Première Dame de France… » « La première Ribaude de France ! » coupa la voix de la Conscience, échappée d’un tiroir. « Ah vous ! ragea le Roi, demeurez coïte ! » « -Coite, corrigea Valse, si la Conscience est coït, vous êtes niqué ! » « En effet, constata le monarque, mais le moyen de la faire taire, celle-là ? Bon, Valse, quel est votre conseil ? » « Remettons-nous-en à dame Bitaura, Garde des sots » conseilla Valse.

En attendant l’arrivée de l’enfant de la jungle, les deux compères devisaient : « Vous avez vu, Sire ? 54% des sujets sont pour le mariage des homos ! » « Oui, c’est une excellente chose ! jubilait Soliveau, c’est Percée de l’Islam, maire de notre capitale, qui sera contente ! » « Crétins pervers ! dit le voix de la Conscience, tout ce que vous méritez c’est la charia ! » « La ferme ! » tonnèrent-ils en chœur. « Il y a des hics sérieux, tout de même, tempéra Valse. Par exemple, 37% des sujets s’estiment en voie de paupérisation… » «Quoi ? interrogea le monarque, ahuri, ils deviennent Popeye ? » « Heu… Non, corrigea Valse, ils estiment s’appauvrir… Et 11% s’estiment pauvres. Près de la moitié, donc, sont mal dans leur peau ! » « S’en fout la mort ! hurla la Majesté du pauvre, l’important est que l’État et notre beau Parti soient riches ! » « Certes, certes, le calma Valse, nous allons faire un plan quinquennal, c’est Zayrault qui l’a dit, pour remédier à la paupérisation. » « Et avec quels fonds, interrogea la voix de la Conscience, puisque vous balancez l’argent par les fenêtres ? » Soliveau balança un coup de pied dans le tiroir, ce qui n’eut d’autre effet que de lui meurtrir les orteils, tandis que la Conscience poursuivait : « Vous n’aurez peut-être pas l’émeute pour le mariage des pervers, mais elle vous pend au nez quand-même, bande d’idiots ! »

L’arrivée de Bitaura mit fin à l’intermède. Elle descendit de son palanquin de lianes, et s’avança brandissant son parapluie de chef de tribu. Par coquetterie, elle s’était glissé un métacarpien humain dans le cartilage nasal. « Whaoooo ! ricana la Conscience, il ne lui manque plus qu’une sarbacane, et les sceaux seront bien gardés ! » « Vous m’avez mandée, Sire, grinça Bitaura, j’ai accouru, mais je n’ai que peu de temps ! Tellement de détenus à libérer ! Et ces Corses … !!!! » « Nous allons vous instruire sur l’heure, Madame de nos chats-fourrés » la tranquillisa le Roi. Et il exposa à Bitaura ce que nous savons déjà. Pendant l’exposé, Bitaura jouait avec le métacarpien : « Bel ornement ! la flatta le Roi, est-ce le fléau de la balance de Thémistocle ? » « De Thémis, ignorant ! se gaussa la Conscience. Mais pour un fléau, Bitaura se pose un peu là !!! » « Ne l’écoutez pas, dame Bitaura, dit le Roi, et dites-nous plutôt votre conseil ! »

La vieille fit mine de réfléchir, puis : « Je vais donner des instructions au juge en cette affaire. Assurément ils trancheront dans le bon sens. Mais il serait bon que vous écrivâssiez… écriviez ? une missive au tribunal ! Une épistole de votre main, et si fera notre bon Monsieur du Dedans ! » Puis elle siffla ses porteur, remonta dans son palanquin et s’en fut. « Bon, mon bon Valse, rédigeons ! » décida Soliveau. Ils s’appliquèrent en tirant la langue à rédiger une missive : « Monsieur le Juge, il y a des méchants qui disent des vilaineries sur Valy Rotweiller, même que c’est pas vrai. On voudrait pas marcher sur vos plates-bandes, loin de nous cette idée, mais nous espérons que vous allez sévir. Enfoncement du petit bout de bois dans les oneilles, confiscation de la phynance, séjour dans les sous-sols du Pince-Porc, et finalement tudez, décervelez ! Remarquez, ce ne sont que des suggestions, pisque vous êtes indépendant. Enfin, pensez à votre carrière, on peut vous promouvoir, même que vous serez invité à une chasse royale à Rambouillet… » Tout de cette eau. La Conscience grondait : « O Tempora ! O mores ! »

« Bien, mon bon Valse, voilà une bonne chose de faite ! » se réjouit le Roi. « Certes, Sire, vous en êtes un autre ! » le congratula Valse. Puis le Ministre sortit. « Valy ! Valy ! Range le fouet ! clama Soliveau, nous avons réglé la question ! » « J’espère ! » grinça la harpie. Fort content de lui, le monarque siffla son air favori : « Ah ! Les pt’tit’ femmes, les p ‘titi’ femmes de Bity… »

Alfred.

 

Share
Cette entrée a été publiée dans A la Une. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.