Galéjades ?

Mes chères (très) lectrices, mes chers lecteurs, mes amis, j’ai quelque inquiétude. Voici : j’ai ce matin même conduit Javotte, ma lapine, chez le Père Lapin. Lequel s’est efforcé de lui faire un accueil chaleureux, comme on l’imagine. Las ! La Javotte grouilla aussi peu qu’une pièce de bois. J’en conclus très binairement que soit la lunaison n’était point favorable, soit que Javotte avait contracté la maladie du siècle. De la seconde hypothèse, je déduisis qu’ou bien, malgré une éducation en béton, la drôlesse avait prêté l’oreille à quelque putois puant lui suggérant la théorie du genre – alors la pauvrette ne sait pas si elle est de Vénus ou de Mars – ou bien qu’elle est citoyenne de Lesbos. Dans ce cas, il serait à craindre qu’elle ne s’épanche en conneries désolantes, comme une quelconque Fourest, dans les colonnes de Libération. Dans les deux cas, ce serait catastrophique, non seulement pour les menus à venir, mais aussi pour la réputation de la maison. Au fond, je préfère pour elle une mauvaise volonté de Séléné, car dans le cas contraire elle serait invitée à partager mon repas, point assise, mais dans le plat. Au fond, j’aime bien et je crois que j’aimerais bien Javotte, le civet étant l’un de mes mets (Mémé, mes mets sont tes mets et aimés) préférés.

Trèfle de plaisanterie, comme dirait Javotte dans un champ de luzerne : j’ai tout de même deux sujet de rigolade. Le premier est la lettre attribuée à M. Maurice M. Taylor Junior et adressée à M. Montambour, ministre (qui ment debout) du « redressement productif ». Je l’ai piquée chez Les Échos et je vous la livre en partie (pour des raisons purement techniques) dans la langue de Steinbeck :

Petite traduction des passages intéressants, de mon point de vue :

« Goodyear a essayé durant plus de quatre ans de sauver une partie des emplois à Amiens, qui figurent parmi les mieux payés, mais les syndicats et le Gouvernement français n’ont rien fait d’autre que de bavarder.

J’ai visité deux fois cette usine. Les travailleurs français reçoivent des salaires élevés, mais ne travaillent que trois heures (par jour). Ils prennent une heure pour le repos et le déjeuner, bavardent trois heures durant, et travaillent trois heures. Je l’ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m’ont dit que c’était la manière française !

Vous êtes un homme politique, aussi ne voulez-vous pas échouer le navire sur les brisants. (Mais) les Chinois envoient des pneus en France – en fait, dans toute l’Europe – et vous n’avez encore rien fait. (…) Dans cinq ans Michelin ne sera plus capable de produire des pneus en France. La France perdra ses capacités industrielles parce que sa gouvernance excède (celle d’un) gouvernement.

Monsieur, vous avez déclaré que Titan devait entrer dans la négociation. Nous croyez-vous si stupides ? Titan a les fonds et le savoir-faire pour produire des pneus. Qu’a donc le stupide syndicat (la CGT, ndt.) ? Il a le gouvernement français. Le paysan français veut des pneus bon marché. Il ne moque qu’ils viennent de Chine ou d’Inde et si les gouvernements de ces pays en subventionnent la production. Votre gouvernement ne s’en soucie pas non plus : « nous sommes Français ! » » Il manque une partie de la lettre dans l’image, mais je vous en livre un passage important :

« Le gouvernement US (celui d’Obama, ndt.) n’est guère meilleur que le gouvernement Français. (…)Le gouvernement récupère les taxes. Nous ne récupérons pas les taxes.

Titan achètera une société chinoise ou indienne, payant moins d’un euro de salaire par heure, et fournira tous les pneus dont la France a besoin. Vous pouvez conserver vos soi-disant travailleurs. Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens-Nord. »

Ben dis-donc ! Il ne l’envoie pas dire ! Pas étonnant que le Montambour couine à qui veut l’entendre, en prenant les accents des terroristes de 1793. Ce n’est pas très diplomatique, mais les temps ne sont plus à cacher la merde au chat sous le tapis. Certains doutent de la véracité de cette missive, pour ma part je ne pense pas que Les Échos aient pris le risque d’un procès pour faux. Et, de toute façon, il fallait que ces choses-là soient dites. A savoir : a) Que les « droits acquis » par les syndicats lutte-des-classes sont exorbitants. Chez moi, il y a encore dans le sous-sol d’énormes ressources en uranium ; pourquoi préfère-t-on l’importer du Niger ou du Canada ? A cause du coût exagéré de la main-d’œuvre et des charges. Idem pour Goodyear. Les syndicats gauchistes, et spécialement la CGT, sont une force d’obstruction tellement obtuse et efficace qu’ils finissent par tout flanquer par terre, au détriment des travailleurs.  b) Les gouvernements -et singulièrement le gouvernement socialiste de rencontre qui sévit actuellement – ont toujours été complices de cette cagade, allant jusqu’à utiliser l’argent du contribuable pour renflouer -voire nationaliser- des canards rendus boiteux par le fait les syndicats. Les élus s’en moquent, puisque de toute façon c’est toujours le cochon de citoyen qui paiera les indemnités de chômage. Seulement voilà : nous sommes arrivés aux limites extrêmes de cet arrangement tordu, tout fout le camp et le citoyen va finir par demander des comptes, car il en marre d’être extorqué.

Le second sujet de rigolade, c’est ce graphique publié dans l’Express :

Belle brochette de crétins ! Vous avez-là pratiquement l’ensemble de la caste politique française, celle qui est responsable de la déconfiture actuelle, préparée depuis des décennies, et dont il est précisément nécessaire de se débarrasser au plus vite. Le type qui a pondu ce graphique est soit un humoriste, soit un imbécile, soit, enfin, un escroc. Car si l’on reconnaît assez bien dans les rigoristes-protectionnistes les traditionnels caporalistes « bonapartistes » (comme si par ailleurs le patriotisme allait nécessairement avec l’étatisme féroce !), si l’on admet que les relanceurs-protectionnistes, tenants des vieilles lunes du socialisme du XIXe siècle sont bien des terroristes jacobino-staliniens de la trempe de Montambour et Méchant-long, on a bien de la peine à cataloguer dans les « libres-échangistes » des gars comme Bayrou, Copé et Fillon. Ou encore -et là, c’est une vraie galéjade – le Cohn-Bendit et l’Arthaud.

Tous ces gens-là sont -à des degrés divers, c’est vrai- des étatistes. Que l’on cherche à « protéger » (contre qui, contre quoi ? Il faudrait relire Frédéric Bastiat sur la question du protectionnisme) ou à « relancer », c’est toujours le fait d’un État outrepassant ses fonctions régaliennes. On « relance » par le gaspillage de la consommation d’État ou par les prébendes publiques, on « protège » par des taxes d’État qu’au final paient les citoyens consommateurs et l’ensemble du tissu productif. Dès le moment où l’État met son nez et ses pattes crochues dans les affaires, c’est la ruine.

Le plus rigolo dans l’affaire, c’est de placer le sieur Hollande « un peu » chez les rigoristes-libres échangistes, alors que c’est un socialiste pur et dur. En fait, Soliveau II est très exactement comme le Pr Tournesol : à l’Ouest (rien de nouveau). Bon, et puis DSK n’est pas pour le libre-échange, mais pour le libre-échangisme, nuance !

En fait, il n’y a dans ce tableau aucun libéral véritable (et aucun « libertarien » au sens américain du terme), c’est-à-dire quelqu’un qui aurait compris que l’État n’a pas à se mêler des affaires des citoyens, en dehors de la sécurité intérieure et extérieure et de la diplomatie. Personne qui aurait compris que la richesse naît de l’effort conjoint du capital et du travail. Tous, comme les socialistes, prennent les choses en riant. Bêtement, comme les sots qu’ils sont. Tous montrent de mauvaises pistes à la nation.

Finalement, ce graphique n’est pas aussi marrant que ça. Il rend triste, car il est exactement l’image de l’incompétence et du gouffre dans lequel nous sommes plongés. Ces pauvres bêtes sont à l’âge de l’arthrite : renvoyons-les à la maison de retraite et retroussons nos manches.

Raymond.

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