Autopsie d’un délire

Pas de confusion des sexesIl est temps de mettre les pendules à l’heure, à propos de la « théorie du genre ». Je le fais à la demande que quelques amis et lecteurs, qui voudraient bien connaître un point de vue scientifique sur cette question, corrélative, du reste, à celle du « mariage pour tous ».

La dame Belkacem, Najat, a opéré une visite apologétique dans une crèche inspirée de certains établissements suédois où l’on refuse de faire toute différence entre les filles et les garçons. Une crèche de l’indifférenciation, où l’on oblige les petits garçons à jouer avec des jouets de filles et les petites filles avec des jouets de garçons. Bien entendu, la dame Belkacem s’est extasiée devant cette pouponnière-modèle ! Si l’on y regarde de près, cependant, une telle crèche n’est rien d’autre qu’un laboratoire dans lequel on expérimente sur des cobayes humains. L’idée directrice – sans aucun support scientifique, il faut le souligner – est de négliger, voire d’effacer, toute différence entre les filles et les garçons : « Filles et garçons, cassons les clichés » clame de son côté… la Ligue de l’Enseignement, qui reprend les délires idéologiques estimant que la différenciation de nature, biologique, serait discriminatoire.

 Il faut donc repartir des fondamentaux, à savoir : l’acculturation de la sexualité et de la génitalité. Disons-le d’emblée, ceci ne concerne PAS les représentations sociales que l’on peut se faire de la différence des sexes d’une part, ni de la paternité (ou parentalité) d’autre part. Je veux dire que ce dont je vais parler est d’ordre anthropologique, que ça se passe, pour les deux premières phases d’un processus qui en compte trois, à notre insu. La dernière phase, celle du réinvestissement, peut être objet de représentation, mais la représentation ne coïncide que très rarement avec le processus dont elle s’empare.

Commençons par le commencement. Notre reproduction est sexuée, ce qui veut dire que notre espèce présente un dimorphisme sexuel ; il y a des humains mâles et des humaines femelles, tel est notre héritage. N’importe qui pourra en juger à la différence phénotypique constatable entre un petit garçon et une petite fille, entre un homme et une femme. En théorie, tout sujet de type mâle peut s’accoupler à tout sujet de type femelle pour assurer la fonction de reproduction.

Mais nous savons tous qu’il n’en va pas de même pour l’espèce humaine : on n’épouse pas son père, sa mère, son frère, sa sœur. Nous trouvons exactement là cette problématique de l’inceste, finement étudiée par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, notamment dans Les Structures Élémentaires de la Parenté. Tout se passe comme si la société était divisée en deux moitiés, A et B, et que dans chaque moitié les sujets, qu’ils soient mâles ou femelles, sont considérés comme étant de même sexe sociologique. C’est la négation sociologique de la sexualité de nature. Bien entendu, selon les sociétés, l’extension de chaque groupe fait l’objet d’une convention : s’il est par exemple admis que l’on peut ici épouser sa cousine croisée matrilinéaire (sa cousine germaine issue de la lignée maternelle), ce n’est pas possible chez nous. Peu importe : il existe toujours un groupe, représenté au minimum par ce que naguère on appelait la « constellation parentale » et la « fratrie ».

Il va de soi, alors, que l’alliance se fait avec ceux de l’autre groupe, qui sont de sexe sociologique opposé. Passons sur les considérations à propos de l’alliance, qui font qu’un prince n’épouse pas une bergère, mais considérons que l’alliance, qui vise la reproduction de l’espèce, ne peut être féconde que si l’on associe des gamètes complémentaires, c’est-à-dire si le partenaire est biologiquement complémentaire. C’est dire que la sexualité de culture ne peut que rejoindre la sexualité de nature, au terme du processus, en fournissant des cadres sociaux à la reproduction de l’espèce. Elle y satisfait en instaurant le mariage (l’alliance) entre deux sujets biologiquement complémentaires, et il ne peut en aller autrement. Le recours à la PMA ou à la GPA ne sont que des artefacts violant à la fois la sexualité de nature et la sexualité de culture.

Vous remarquerez que je parle d’acculturation de la sexualité, c’est-à-dire de ce processus au cours duquel est produit un nouveau sujet reproduisant l’espèce. Je n’évoque pas l’ « Éros » cher aux psychanalystes, baptisé « amour » par les fanatiques du « mariage pour tous ». Car l’Éros nous amène dans une autre rationalité, celle du désir, qui ne manque pas de s’emparer de la sexualité, elle est même de nos jours prégnante à l’excès. Dans l’acculturation de la sexualité, l’Éros ne joue qu’un rôle subalterne.

Maintenant, vous pouvez concevoir que ce processus en trois « temps » : différenciation naturelle (biologique), négation culturelle de cette différence tout en instaurant une différence culturelle entre A et B, négation de la négation culturelle en instaurant une alliance basée à la fois sur la différence culturelle et la différence naturelle, peut connaître des ratés.

Parmi eux, le premier est celui que nous appelons ordinairement « inceste familial », c’est-à-dire l’accouplement entre sujets du même groupe, par exemple A. Il s’agit-là, bien évidemment, d’une impossibilité pathologique d’acculturation de la sexualité de nature, les sujets demeurant strictement à l’état de nature. Le second est un excès de culture : la différence entre A et B s’effectue, mais elle ne trouve pas à se résoudre dans une alliance où le partenaire serait biologiquement complémentaire. L’ancienne psychiatrie parlait de « perversion », nous parlerons plutôt d’ « altération ». Pathologiquement, le partenaire est choisi dans B (jamais, ou très rarement, dans A), mais de même sexe biologique. C’est ce que l’on appelle : homosexualité.

Car, même si l’Association Américaine de Psychiatrie, sous la pression des lobbies, l’a retirée du tableau des altérations en 1973, l’homosexualité est bel et bien une pathologie, et non un choix. Et je ne cesserai, personnellement, de le clamer, devrais-je finir dans les geôles de la bien-pensance, c’est bien une pathologie, et je ne cesserai pas de l’étudier comme telle. Sans doute le ferai-je en évacuant l’Éros, et en constatant qu’il s’agit davantage du choix excessivement exclusif, dans un cercle excessivement restreint, de « l’ami(e) ». Car ce qui me frappe dans cette pathologie est bien moins ce que le catéchisme des confesseurs appelait « sodomia » que la recherche exclusive du partenaire élu : un lien social excessivement réduit et excluant d’autres liens sociaux, et négligeant absolument toute différenciation biologique. Mais là n’est pas la question.

Gardons à l’esprit ces dissociations que je viens d’exposer. Elles permettent de contester les délires que nous connaissons sous le vocable générique de « théories du genre ». Le point essentiel est le suivant, pour comprendre : des idéologues – et non des scientifiques – ont partiellement et partialement repris la théorisation de l’acculturation de la sexualité, en la réduisant à la simple négation de la sexualité de nature et en négligeant complètement le réinvestissement, ce troisième temps qui permet de reproduire l’espèce dans des cadres sociaux. On pourrait dire que ces théories du genre sont de l’ordre d’une pathologie autolytique, c’est-à-dire d’un enfermement dans l’analyse structurale (second temps) sans réinvestissement performantiel, donc sans le troisième temps dont j’ai parlé.

Ce n’est pas un hasard si le retrait de l’homosexualité du tableau des altérations est contemporain des « études » sur le genre (gender en américain) apparues dans les années 70 dans certains campus américains. Elles ont été préparées par une idéologie féministe dont l’un des exemples les plus célèbre chez nous se trouve dans les thèses de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient.» Cela correspond également à l’essor de la « political correctness » chez les idéologues de la gauche universitaire américaine. En fait, il est inexact de parler au singulier de « théorie du genre », car il y a en fait DES théories du genre, les tenants des unes et des autres s’excommuniant mutuellement lors de joutes féroces, sans jamais apporter une ombre de justification scientifique. De telles théories ne sont pas éprouvables, c’est-à-dire qu’aucun dispositif expérimental, aucune observation clinique, ne peut les valider ou les falsifier.

 Malgré la grande disparité de ces théories, je retiens de mes lectures une idée générale qui les sous-tend : le « genre » serait déterminé par les pratiques sociales. Si l’on vous élève comme un garçon, dans une configuration machiste et dominatrice, vous deviendrez un garçon, si au contraire on vous élève dans la soumission et les tâches ménagères, vous deviendrez une fille. Pour ces idéologies, le sexe biologique est totalement évacué au profit exclusif du « genre » sociologique. Bref, selon l’idéologue Monique Wittig (2007, La pensée straight), « l’hétérosexualité est un système politique », et selon Judits Butler (2005, Trouble dans le genre) masculinité et féminité seraient des mythes utilisés pour entretenir « la matrice hétérosexuelle » de domination des hommes sur les femmes. De manière prévisible, ces théories ont des prolongements politiques : il s’agit rien de moins que de substituer le « gender », le sexe social, au « sexe » de nature, c’est-à-dire, selon Butler « réfléchir à la possibilité de subvertir et de déstabiliser ces notions naturalisées et réifiées du genre qui étayent l’hégémonie et le pouvoir hétérosexiste, pour mieux perturber l’ordre du genre ». Voilà le projet politique.

Examinons les faits. Certes, nous sommes marqués par notre éducation et par les diverses rencontres que nous éprouvons. Le sociologue marxiste Bourdieu parlait à cet égard des « habitus », « structures structurées et structurantes ». Bourdieu oubliait que ce qu’il croyait être des « structures » n’était rien d’autre que le produit historique de conventions sociales, donc étaient sujettes à transmission, certes, mais à transformations, obsolescence et oubli. Faute de quoi, il n’y aurait pas d’historicité et nous serions encore dans des sociétés préhistoriques. Second point : ces « habitus », ces rencontrent, nous marquent, certes, nous en portons la trace, mais elles ne nous FONT pas, c’est-à-dire que nous manifestons toujours une divergence, témoin de notre altérité, qui fait que nous ne sommes pas les clones les uns des autres, contrairement au Meilleur des Mondes. Supposer que l’éducation prétendument « sexiste » détermine notre « genre », c’est exactement commettre la même erreur que Bourdieu.

Il y a des preuves de ce que j’avance : même dans les milieux les plus contraignants (prisons, armées, monastères), les divergences se manifestent toujours, malgré l’uniformisation imposée (Goffman, 1968). Ce qui veut dire : nos comportements sociaux ne sont PAS des réflexes conditionnés, et, donc, l’idée d’une détermination « culturelle » du genre ne tient pas debout. Et notamment : l’éducation peut donner des cadres à la sexualité de nature, mais elle ne l’annule pas, sauf pathologie. En fait, nous ne cessons de porter ce que mon vieux Maître appelait « L’ambiguïté du Dasein », l’ambiguïté de l’être qui fait que nous sommes à la fois êtres de nature et êtres de culture. En voulant faire de nous uniquement des êtres de culture, les tenants des théories du genre raisonnent exactement comme des malades atteints d’un excès de culture : pathologie autolytique d’enfermement dans le vide de l’analyse structurale, sans possibilité d’en sortir.

En analysant de manière critique ces théories du genre, on est frappé par leur aspect délirant. Certes elles ne manquent pas de logique, si l’on néglige l’absurdité des axiomes de départ ; il en va ainsi de tout délire d’ordre psychotique ou d’altération. Le délire, c’est une « remise en forme » logique, mais imaginaire, d’un monde que l’on ne peut pas vivre, parce que la Personne fonctionne mal. Ici, il est clair qu’il y a un « projet » politique messianique, une tendance prophétique à rédimer l’humanité, et ce n’est pas sans rappeler les délires totalitaires des paraphréniques. Je parle ici en clinicien, pas en homme politique, que l’on ne s’y trompe pas.

L’ennui est que ces idées délirantes ont réussi à envahir le champ du politique. Les idées du « droit au mariage », du « droit à l’enfant », de la GPA, de l’AMP en découlent, ou du moins sont de la même inspiration. Dans les pays scandinaves, elles font des ravages. Le pire est donc qu’elles aient été reconnues institutionnellement, alors que RIEN de scientifique ne peut les soutenir. Par exemple, en 2000, l’Union Européenne a admis reconnaître « l’orientation sexuelle », en 2009 un rapport parlementaire européen admettait l’idée de discriminations fondées sur « l’identité de genre ». En 2010, chez nous, les programmes de SVT prévoyaient un nouveau chapitre, « Devenir homme, devenir femme » stipulant que les élèves devront « différencier à partir de la confrontation de données biologiques et de représentations sociales ce qui relève de l’identité sexuelle, des rôles en tant qu’individus sexués et de leurs stéréotypes dans la société. » Autrement dit, on a fait sauter la barrière entre les sciences et la philosophie, introduit au chapitre des SCIENCES un délire idéologique. Les fabricants de manuels scolaires, ravis de l’aubaine, ont outrepassé les instructions, par exemple : « si, dans un groupe social, il existe une forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité des jeunes apprennent des scénarios hétérosexuels » (manuel de 1ere ES et L, programmes de 2011, Bordas).

Bien entendu, ce délire est chaque jour falsifié par l’expérience. Les petits garçons et les petites filles persistent à se conduire comme tels même si l’on force leurs jeux et on les oblige au port de chaussons non-bleus et non-roses ! Même si les contes de Perrault ont été remplacés ici et là par des « aventures » homosexuelles. Mais les politiques, intoxiqués, poursuivent cette ahurissante entreprise, sans songer un instant à s’interroger sur cet « human engineering » pervers qu’ils autorisent. Et pourtant, la Constitution comporte bien un article sur le principe de précaution, non ?

J’ai qualifié cela de « délire », et je le dis en clinicien, encore une fois. Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est comment cette déraison a pu se propager au point de devenir projet politique. En général, on laisse les fous délirer sans prêter attention à leurs délires. Mais il semble que très opportunément, ces délires-là aient rencontré une pensée totalitaire, messianique, enfermée dans ses raisonnements vides mais malheureusement mise en œuvre par d’imprudents législateurs, très probablement sensibles à des lobbies antisociaux.

Que faire, sinon continuer à se comporter en hétérosexuels, combattre avec vigueur les délires idéologiques ? Mais en attendant, une ou deux générations auront été sacrifiées : c’est criminel. Et, en tant que citoyen cette fois, je dis : « arrêtons cela, tout de suite et par tous les moyens ! »

Sacha. 

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