Noir cabinet et noirs desseins

RVB de baseNous étions, La Conscience, Tromondada et moi-même, plutôt désœuvrés ce jour-là. Que faire, alors que le roi semblait mener grande affaire, et surtout grand tapage ? Je proposai à mes complices d’activer la caméra planquée dans le royal bureau. Nous nous installâmes donc confortablement dans le réduit qui me servait de studio. Bientôt, apparut le monarque, en grande conversation avec le Naja. Le reptile semblait susurrer à la manière de Persiffleur, le ridicule serpent du Robin des Bois – version Walt Disney – à propos d’une conférenssse ssssur le féminissssme. Cela ne nous intéressait guère. Pourtant, Soliveau commanda : « Or ça, divin Naja, il me plait d’entendre illico ces gens des Sombres Toilettes dont ce benêt de Stéphane Le Fou a publiquement nié l’existence ! » L’ophidien eut un sourire entendu : « Ah, Ssssire ! Vous voulez parler du Noir Cabinet ? » « Oui, c’est ça ! ».

Le Naja se dirigea vers une boiserie dont elle fit jouer une coquille de bois sculpté dissimulant un mécanisme. La boiserie pivota, révélant un obscur passage d’où sortaient des vapeurs méphitiques. « Que diantre ! s’exclama le roi, je n’ai point demandé à parler aux puissances infernales ! » « Passssience, Sssssire ! le calma le Naja d’un air enjôleur, ces Messssieurs de votre Noir Cabinet arrivent ! » Surgirent deux sinistres personnages, vêtus de la bure sombre des pénitents noirs. L’un d’eux arborait un képi de colonel de Gendarmerie, l’autre une casquette plate de préfet.

« Qu’est-ce que c’est que ce Ku-Klux-Klan ? », m’inquiétai-je. « Encore une bande deNoir cabinet déjantés ! » grogna La Conscience. « Exactement ! diagnostiqua Alonzo Tromondada, des personnages complexés et quelque peu psychotiques qui cherchent à colmater les trous de leur moi-peau en s’affublant d’inquiétantes tuniques. Oh ! Les beaux cas ! » Cependant, les deux spectres de pacotille étaient arrivés devant le monarchique bureau. « Ravi de vous voir, mais veuillez m’instruire d’avec qui j’ai affaire ! » commanda Soliveau, pas très rassuré. Les deux zèbres soulevèrent leur cagoule : « Farine-Bio ! Zébulon ! Mes chers complices de Corrèze ! » s’écria le monarque en les serrant dans ses bras. La Conscience reconnut les deux forbans qui avaient, en effet, aidé Soliveau à faire de la malheureuse mais masochiste Corrèze le département le plus endetté de France : « Pas à dire ! Il y a de la continuité dans sa politique… » commenta le petit fantôme farceur.

« Oh ça mais pourquoi cet apoutre… heu… accoutrement ? » s’étonna le roi. « Il y a, Sire, que l’habit sied au secret, commenta Zébulon, aussi tous les gens du Noir Cabinet sont-ils tenus de revêtir la bure et la cagoule. » « Soit ! dit Soliveau, maintenant narrez-moi de quelle manière vous exécutez mon ordre d’éliminer mon dangereux gredin de prédécesseur pour qu’il ne me détrône point ! » « Ah ! assura Zébulon, nous devons tuer Sarko… » « Ah ! hurla le monarque en lui sautant à la gorge, il a prononcé LE nom ! LE nom ! » Soliveau, la bave aux lèvres, tentait d’étrangler Zébulon, et il fallut que le Naja l’hypnotise un instant pour qu’il lâche prise. « Excellente crise de démence in vivo ! » commenta Tromondada, « encore quelques mois et il va dépeupler l’Élysée. » Zébulon ayant retrouvé son souffle : « Nous mettons tout en œuvre, l’opération est une véritable traque ! » affirma-t-il. « Fort bien ! Comment ça se passe ? » interrogea le roi.

« Puisqu’il vous a plu, Sire, de faire de moi le commandant militaire de Votre Maison, dit Farine-Bio, je m’efforce de réunir des traces des magouilles de votre… enfin… bref. » « Et en avez-vous trouvé ? » « En fait…En avril dernier, j’ai commandé au chef du service des Transmissions et Informatique du Palais de récupérer des documents sensibles du règne précédent. Mais… » Soliveau eut un geste d’impatience : « Mais quoi ? » « Il y a, Sire, que ce type-là était un contractuel déjà en poste sous… Enfin vous voyez… Ce malappris m’a rétorqué que c’était pas régulier. Je lui ai bien expliqué qu’il risquait sa peau, mais… » Le monarque lui lança un sous-main à la tête : « Et alors ? Parlez, bougre d’animal ! » Alonzo nota sur son carnet : « Agressivité, passage à l’acte irraisonné. » Farine-Bio reprit à toute vitesse : « Il a refusé de violer le protocole, comme il disait, et a fait mettre les documents sous scellées ! » « Espèce d’imbécile ! Crétin ! Tête de pioche ! » rugit le roi en lui assénant un coup de poing sur le képi. « Sire, tempéra Zébulon, que Votre Majesté ne se mette pas en colère, mais plutôt qu’elle considère que nous avons rétrogradé ce désobéissant personnage ! »

Soliveau tournait en rond en pleurnichant : « Ce méchant homme pourrait m’abattre en 2017 ! Il se vengera ! Oh, mes amis ! J’ai peur, ne me laissez pas tout seul ! J’ai eu beau dire à la petite fille au salon de l’agriculture : « tu ne le reverras plus ! », ça se pourrait bien que si ! » Les autres essayèrent de le réconforter. « Vous voyez, nous dit Alonzo, il fait une vraie névrose obsessionnelle, et cela peut le conduire à n’importe quelle sagouinerie ! » Ça, nous en étions d’autant plus sûrs que les médias et les juges rouges éprouvaient la même crainte obsessionnelle renforcée par une espèce de « sarkonostalgie ».

« Considérez, Sire, reprit Farine-Bio, que nous nous efforçons d’ourdir une cabale et de faire peser un soupçon permanent sur votre abominable prédécesseur : affaires Karachi, Bettencourt.. » « Sondages de l’Élysée, affaire Kadhafi… et bien sûr Tapie » renchérit Farine-Bio. « Peu importe si le grand juge rouge Gentil a un peu fait bricoler l’expertise de la mémé Bettencourt, reprit Zébulon, ou si aucune preuve ne vient étayer les dires d’un obscur interprète Libyen… » « Oui, triompha Farine-Bio,  mentons ! Mentons, il en restera toujours quelque chose ! » « Le tout est que chaque fois qu’une affaire éclabousse l’un des nôtres, dit Zébulon, nous ayons matière à lancer de nouvelles accusations contre… contre, enfin… » « Par exemple, expliqua Farine-Bio,  le 19 mars ce malheureux Cahuzac démissionne ; le 21 on fait mettre… heu… machin… en examen ! »

Soliveau tantôt pianotait sur son bureau, tantôt se grattait le poignet gauche. « Voilà ses pratiques d’automutilation qui le reprennent ! » nota Tromondada. « Ouais ! fit le roi, ça marche pas si bien que ça ! Une réquisition de non-lieu dans l’affaire Bettencourt ! Je vais dire à la mère Bitaura de virer le Parquet et faire pression sur les juges ! Merde ! Si on ne peut plus compter sur le syndicat de la magistrature ! » « Peu importe ! triompha Zébulon, la mise en examen a fait les gros titres de notre presse, et la réquisition seulement de quelques lignes ! » « En plus, ajouta Farine-Bio, Benêt et son Médiapart ont promis d’apporter des preuves ! » « Benêt ? » s’étonna le monarque. « Oui, c’est son nom de code donné à Edwy Plenel par la Cellule de l’Élysée, du temps de Votre..heur…père spirituel ! » « Papââââ !!!! » gémit le roi. Puis, se reprenant : « On les attend toujours, ces preuves ! » « On en fabriquera, au besoin ! » le rassura Farine-Bio. « Et puis, ajouta Zébulon, on va exciter la presse d’investigation pour qu’elle invente plein de malversations et d’abus de la part des anciens ministres de… enfin… Machin ! » « On peut compter sur nos médias ! renchérit Farine-Bio, et ça va donner des ailes aux juges rouges ! Yark ! Yark ! »

« M’ouais ! dit Soliveau plutôt pessimiste. Et si ça foirait ? Bon, allez, faites au mieux, mes braves ! » Là-dessus, les deux forbans repartirent dans la crypte sous l’Élysée. Le Roi restait inquiet et  perplexe, puis avisant le Naja : « Naja ! La jupette de votre tailleur est délicieusement courte ! Asseyez-vous en face de moi et croisez haut les jambes, ça me redonnera le moral ! » Ainsi fut fait. « Voyeurisme ! Manquait plus que ça ! » se lamenta Tromondada.

Alfred

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