Bricoli-bricola, trois p’tits tours et patatra !

RVB de baseNous devisions tranquillement dans mon antre, La Conscience et moi, lorsque survint le Docteur Alonzo Tromondada, psychiatre en résidence permanente à l’Élysée. Il avait l’air exténué : « Quelle journée ! » s’écria-t-il en s’affalant dans un fauteuil, « ce palais est pire que la nef des fous ! » Après avoir avalé d’un trait un whisky bien tassé, il reprit : « Depuis qu’il s’est mis en tête de repartir en guerre, il est intenable ! Et les autres ne valent pas mieux ! » Oh ! Oh ! « Si j’allumais la caméra cachée ? » suggérai-je. « Bonne idée ! » jubila La Conscience. « Oui, ajouta Alonzo, vous allez voir un curieux phénomène ! »

Le phénomène en question apparut bientôt sur l’écran, martyrisant un ours en peluche tout en s’adressant à son ministre du dehors : « Ah Fafa ! ronchonnait le monarque, ce maudit moscovite cherche à me couper l’herbe sous les pieds ! » « Si fait, Sire, et ses propositions pour l’ypérite syrienne ont trouvé l’oreille d’Obambi… » « Ah ! Çui-là ! rugit Soliveau, on dirait qu’il veut me priver de la gloire des champs de bataille ! Moi, le sauveur de Bamako ! Moi son meilleur allié ! » Le ministre prit un air désolé en contemplant la peluche que le roi lacérait en maugréant : « Tiens, toi ! Misérable tsarévitch ! Disciple de Raspoutine ! Boris Goudronov ! » « Heu… Boris Goudounov, sauf votre respect, Sire ! », corrigea Fafa. « Oh ! Ça va, vous et vos grands airs ! » « Mais, Sire, fit respectueusement remarquer le ministre, c’est une sortie diplomatique d’une situation embrouillée… Si ça marche, bien sûr… Le Congrès Américain… » «Ah ! Voilà une bien belle affaire ! Consulter le Congrès ! Est-ce que j’ai consulté mes députés, moi ? », brailla Soliveau.

En s’épongeant le front qu’il a fort dégarni, le ministre reprit : « Nôôn ! Et bien vous fîtes ! Mais la plèbe n’est pas d’avis que vous guerroyiez. » « La plèbe ! Mais qu’en ai-je à faire de la plèbe ? De toute façon, ils ne L’aiment pas ! Ils se moquent de Lui ! » Le ministre eut l’air perplexe : « Sire ! De qui parlez-vous ? » « Ben de Lui, de l’Autre, çui qu’ils appellent « Flamby », « Pépère »… » Cette fois, Fafa prit un air franchement ahuri : « Mais c’est donc de Vous que… » « Nan ! Moi, Je suis Soliveau le Magnifique ! Le Roi ! Je règne et commande ! » « Si fait, si fait ! Ficelle ! Fissa ! », bredouilla Fafa. D’un ton haché Soliveau poursuivit : « Et un roi, ça fait la guerre, d’abord ! » « Il est formidable ! », s’extasia le ministre. « Qui ça ? – Ben Vous ! – Ah ! Moi ! Alors, de Lui ils peuvent se moquer, le bedonnant bricoleur tyrannisé par Rottweiler, le maladroit, le lourdaud. Moi, je Suis et rien ne peut m’atteindre ! »

Tromondada : « Vu ? Typique du paraphrène : d’un côté Sire Soliveau, de l’autre Mister Flamby… Les moins fous, céans, s’en sont rendu compte. » Cependant, l’inénarrable Montambour survint, portant un curieux pantin blanc ; on l’eût dit fabriqué avec quelque jeu de Lego géant. « Que diantre est-ce ? » s’enquit Fafa. Le ministre du sous-Électeur-socialiste-robot smalldéveloppement improductif répondit avec hauteur : « Ceci, Monsieur du Dehors, est le prototype du futur électeur socialiste ! Un être cybernétique parfait, obéissant au doigt et à l’œil ! » Soliveau tout soudain envoya promener les débris de l’ourson et s’avança en tendant les mains, et d’une voix chevrotante : « Ooooooh ! Le joli petit robot ! L’est touty beau ! Donnez-le moi, Montambour, que je le berce ! » Et il prit le pupazzo comme s’il eût été son parrain à le porter sur les fonts baptismaux. Nous éclatâmes de rire.

« Oh ça, mon bon Montambour, reprit le monarque, vous avez raison : puisqu’aujourd’hui n’est pas conforme à l’idée que Nous nous en faisons, pensons à demain ! » « A l’an 2025 ! » claironna Montambour. Optimiste, le nigaud ! « Oui, oui, dit le roi, nous allons lancer une politique de grands travaux technologiques ! » « Certes ! plastronna Montambour, nous avons tout de même trente-quatre grands projets annoncés à son de trompe ! » « Trente-cinq ! », coupa le monarque. « Peut-être me trompe-je ! dit servilement le ministre du sous-développement, ma mémoire n’est pas la Vôtre ! ».

« Hum ! dit La Conscience, je ferais bien d’aller les hanter ! » et, sur ce, le petit spectre traversa les murs et apparut bientôt dans les branches d’un lustre du bureau royal. « Ces projets vont révolutionner nos modes de vie, nos moyens de transports, nos façons de nous soigner ! », claironna Montambour. « Oh ! Oh ! J’aimerais voir ça ! », ricana La Conscience. Alors, jouant le duo, le ministre sous-développé et le roi débitèrent fort homériquement le catalogue des délires propres, selon eux, à ressusciter l’industrie :

« Avionnera Airbus un aéronef électrique.. .» « Qui volera à 40 à l’heure comme un fétu de paille dans la tempête… » glosa La Conscience.

« Concoctera Alsthom le TGV futuriste… », « Inventera PSA une voiture à faible consommation ou sans pilote… » « Pour la consommation, ricana La Conscience, ce serait l’inverse de votre État. Quant à n’avoir pas de pilote, ce serait bien dans la ligne actuelle ! »

« Electrifieront la voiture Renault et Bolloré.. » « Avec une tonne de batteries et une autonomie de cent kilomètres », rectifia La Conscience. « Inventeront nos informaticiens l’hôpital numérique… » « Où l’on entrera bien portant et sortira les pieds devant ! » conclut La Conscience.

« Assez ! hurla Soliveau en balançant le robot socialiste vers le lustre qui vola en éclats, Môssieur La Conscience joue les trouble-fête ! ».

Nous nous regardâmes consternés, Tromondada et moi : « Ils sont en plein délire, ces deux dingues ! ». Cependant, La Conscience dansait autour des deux déments, en essayant de leur tenir un langage sensé : « Une fois de plus, vous favorisez les monopoles qui ne survivent qu’avec l’argent public : Airbus, Alsthom, PSA, Renault-Bolloré ! Vous nous refaites le coup des travaux pharanoniques ! Le « Normandie », le « France », le « Concorde », des machins invendables ! » Soliveau et Montambour essayaient vainement de se saisir du petit spectre, répandant un désordre insensé dans le royal bureau. Je décidai de faire intervenir la voix du Commandeur : « Ô stupides ineptes, sachez que l’expérience m’a montré que l’innovation n’est rien sans le marché ! Elle ne naît pas toute armée de la tête de l’inventeur, il faut encore la mettre au point avec le consommateur ! ». Cette voix d’outre-tombe mit fin aux dérèglements.

« Hum, oui… Bon… reprit Soliveau, décontenancé, môssieur de ma merdre, vous faites comme les autres qui se moquent de Lui. Ils se gaussent de Ses projets, mais Moi Je ferai ainsi que J’en ai décidé ! » « Ah ! Ah ! Et avec quoi allez-vous financer ces rêves fumeux ? », répliqua La Conscience ? « Eh quoi ! rugit le roi, nous sommes socialistes, donc le contribuable paiera ! » « Certes ! tonna Montambour, sur chaque jour nous lèverons un pot d’impôts ! » « Si c’est comme ça que vous comptez relever le pays, on peut mettre la clé sous le paillasson ! », se moqua La Conscience en se volatilisant.

« Belle démonstration d’un délire collectif ! » dis-je à Tromondada. « Oui ! Un tsunami fiscal en perspective ! », commenta le psy. Cependant La Conscience nous avait rejoints : « Ils sont indécrottables ! » « Évidemment, lorsqu’un psychotique a une idée fixe, aucune raison ne saurait l’en distraire ! » dit tristement Alonzo. Cependant, la litanie des projets déraisonnables continuait : « Super-calculateurs pétasse-flopiques ! » exultait Soliveau, « Navire écologique ! » poursuivait Montambour, « dirigeable pour les charges lourdes ! » « Ach ! Ich bin der Graf von Zepplin ! » hurla Soliveau prenant une posture napoléonienne, « le dirigeable, c’est l’avenir ! Celui-ci aura vingt-quatre moteurs électriques ! »

A bout de souffle, les deux malades s’arrêtèrent un moment. « Mais nous n’avons évoqué que trente-quatre projets géniaux, Sire ! Quel est donc le trente-cinquième ? » s’enquit Montambour. Soliveau prit un air mystérieux, en sortant d’un tiroir outre une boîte de préservatifs, une plaquette de viagra, un gant de crin, une silice, une clé à molette, deux hamburgers faisandés, une feuille de papier qu’il étala fièrement sur le bureau : « Voici : la bicyclette socialiste de l’an 2025 ! »

Anémélectro smallDevant un Fafa éberlué et un Montambour recueilli comme une Bernadette Soubirous, le monarque commenta : « Ceci est de Mon invention ! Cette bicyclette révolutionnaire combinera tous les moyens de propulsion connus et même inconnus ! » « C’est grande merveille, Sire ! » s’extasia Montambour. « Certes !, reprit doctement Soliveau, voici donc : le cycliste, revêtu d’une tenue chauffante et coiffé d’un casque à visière aréodynamique, actionnera les pédales. Le mouvement du pédalier sera transmis via un couple comique à un boîtier contenant un atermoyeur dont l’électricité fera fonctionner un moteur ; le mouvement de ce moteur sera transmis via un autre couple cornique à la roue arrière. » « Génial ! flatta Montambour ! Mais qu’est donc cette escopette, sur le porte-bagages ? »

Le roi prit un air triomphant : « Ah ! C’est que la bicyclette est é-co-lo-gique ! Dans les descentes, l’atermoyeur fera toujours fonctionner le moteur par une sorte de mouvement perpétuel. Mais sur le plat et dans les côtes, afin d’éviter trop d’efforts au cycliste, un puceau-réacteur fournira la propulsion nécessaire, conjointement avec une voile, les jours de grand vent… » Fafa se grattait le nez avec perplexité, tandis que Montambour affichait le sourire du Ravi. « J’ai même prévu, vous voyez, un petit balai à l’avant, pour chasser les clous ! »

« Cet imbécile vient de réinventer l’appareil saugrenu et comique appelé Anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle du savant Cosinus !, commenta Tromondada, cas typique de schizotechnie ! ». Cependant, le monarque bricoleur concluait : « Pour un poids total de 350 kg, le véhicule se déplacera à 30 km/h, avec une consommation d’énergie proche de zéro ! » « Evoé ! Evoé ! Sire ! Nous avons les technologies en France, nous avons des génies industriels, scientifiques et commerciaux, et Vous êtes le Premier d’entre eux ! » brailla Montambour. « Oui ! exulta le roi, alors ils peuvent toujours se moquer de Pépère, les autres, Moi je crée, Moi j’invente ! Ich bin nicht Gemächlich !»

« Et voilà, conclut Tromondada, quand je parlais d’un nouveau phénomène… La maladie s’est aggravée, et elle est manifestement contagieuse ! » « Il serait temps de les arrêter ! », dis-je. « Et si nous les envoyions en psychiatrie à Sainte-Anne, dans une cellule capitonnée ? », renchérit La Conscience. Telle est bien effectivement la place de ces fous : une cellule dans un asile d’aliénés. Mais, puisque personne ne bouge, il faudra encore les supporter quatre ans. Pauvre France !

Alfred.

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