Manips en tous genres

RVB de base« Petits oiseaux cui cui cui
Cessez d’aller chanter à l’étranger…
 »

Soliveau éteignit l’ordinateur d’un air résigné. « S’en fout la mort !, bougonna-t-il, je vais faire MA liste de MES chômeurs, on verra bien s’ils chanteront toujours, ces pigeons de malheur ! ». Le Roi n’était pas dans ses bons jours ; par une indiscrétion, il avait obtenu l’adresse d’une animation satirique le représentant à vélo, coiffé du canotier de Maurice Chevalier, et chantant sur un air de Trenet : « Je taxeueu, je taxe sur mon chemin, je taxeueu, je taxe soir et matin.. ». L’excellente plaisanterie l’avait mis en rage, mais il ne cessait de la faire passer en boucle.

« Vous voyez, commenta le psychiatre Alonzo Tromondada, il a un comportement de « sameness behavior » ; le même revient chez lui à intervalles fixes. Il n’est donc pas étonnant qu’il passe cette vidéo en boucle. C’est du même genre que ses mantras habituels… » « Oui,  renchérit La Conscience, par exemple l’inversion de la courbe du chômage avant la fin de l’année. » « On dirait même, ajoutai-je, qu’il cherche à donner corps à ce dernier crincrin. Attendons-nous à des manigances. » Je réglai la caméra pour avoir bien dans le champ de cahier d’écolier intitulé « Cahier de : chômeurs. Appartenant à : Ma Majesté ».

« Mmmm… Voyons… Alors la catégorie A. La catégorie A ahahahah …. Je vais rayer des gens. Des gens bons… Jambons… Oh mais ! Il y en a une palanquée en fin de droits… Bon, je les vire… Ah ! Et puis … Ben y a ceux qui sont dégoûtés de ne rien trouver ; donc ils abandonnent. Je les soustrais aussi… C’est bon, ça ! » jubilait le monarque. Il souligna le résultat de son calcul : « Ben ça fait déjà 11 000 de moins ! ». « Vous parlez d’un calcul ! » m’indignai-je ! « Patience, Alfred, le meilleur est à venir ! » assura Tromondada.

« Bon, maintenant… Mon opération des 30 000 emplois aidés… » reprit le Roi. Il se mit à chantonner : « Dans le venin d’un cobra /Presser trois quartiers d’orange… » puis : « Bon, y a aussi ceux qui disent être en stage… » Il aligna les chiffres. « D’accord, tous ces types-là ne foutent rien, mais pas d’importance ; sont plus dans la catégorie A… » chiffra Soliveau. « Et quand je pense que ces crétins de contribuables paient des emplois fictifs, j’en ris encore ! » commenta-t-il d’un air sardonique. « Il y a bien là, commenta Tromondada, une sorte de délectation sadique ! » « Honteuse manipulation ! » grinça La Conscience.

Mais le monarque poursuivait son calcul satanique : « Excellent ! Ah puis… il cogita un moment…y a aussi ceusses qui font des petits bricoli-bricola … à temps partial, comme y disent, des petits jobs, ces jobastres… Bien bien ! » Il additionnait : « En catégories B et C, ces cuistres !  Et voilà, je pose tout et je retiens rien, ce qui nous fait…. Ben 20 000 en moins. Allez, j’en retranche encore 500 pour faire bon poids… Voilà, 20 500 chômeurs en moins. » « Nom de Dieu ! D’un trait de plume !, explosai-je, et il a l’air d’y croire ! » « Mais il y croit ! affirma le psy, regardez son air ! »

En effet, le roi affichait l’air du Ravi de la crèche. « Je vais dire à Moscou-Vichy que c’est gagné ! La courbe s’inverse ! Oui, oui, avant la fin de l’année ! » Nous nous regardâmes, atterrés, mes complices et moi. « Après ça, ils auront bonne mine, ces bonnets rouges qui massacrent mes portiques écotoxiques ! » Puis il ajouta in petto : « Faut que je dise à Grain de Valls d’envoyer ses flics leur taper dessus. Pas de quartier… » On frappa à sa porte, et l’huissier introduisit le palanquin sur lequel trônait Bitaura, portée par un quator composé du Bazar HL, Bronx-Jouissance, Sot Pot, Tapioca. Le Naja fermait la marche. « Oh ça ! Gentillastres ! Car entrez ! » brailla Soliveau d’une voix qui ne pouvait être joviale, « quel bon vent vous amène ? Tenez, Bitaura, parlez la première ! »

« Ces salauds de faces-de-craie sont racisses ! hurla l’hagarde des sots, y m’traitent de guenon et veulent m’offrir des bananes ! » «Ben, dit le roi, c’est bon, les bananes ! Moi j’aime bien ça, Valy en met toujours pour mon goûter ! » « C’est pas l’problème ! grinça la harpie, en me prenant pour une singesse, y m’foutent dehors de l’humanité ! » « Ah ? Mais pourtant… Les communistes de l’Humanité, c’est des copains ! » « Rien compris, comme d’habitude ! vociféra Bitaura, enfin bon… Heureusement qu’il y a les quatre intellectuels ci-dessous présents qui me soutiennent ! » En effet, le poids de la virago semblait peser sur les frêles épaules des porteurs de palanquin, pas du tout habitués, il est vrai, à un quelconque travail. « Je vois bien, dit Soliveau, ils sont à la peine ! » « Imbécile !, éclata la providence des délinquants, tu ne vois même pas que c’est l’occasion de faire oublier tes conneries ? » Derrière l’écran, nous éclatâmes de rire. « Ça y est ! ricana La Conscience, ils vont nous refaire le coup de Mitterrand avec son racisme ! »

Et en effet : « Moi, élue par Elle femme de l’année… » « Qui ça ? demanda le roi, ahuri. « Elle, le journal lu par toutes les femmes qui pensent bien ! » « Ah ! C’est la femme de Lui ? Oh mais ! C’est pas politiquement correct, ça, un couple hétéro ! » « Irrécupérable ! grommela Bitaura. Bon, je t’explique : tout le monde sait qu’on aime bien utiliser des noms d’animaux pour engueuler les autres ; mais comme je suis pas face de craie, on va dire que c’est de l’injure racisse. Et comme ça, les gens auront honte et nous foutront la paix. » La Conscience me fit un clin d’œil : « Pas sûr du tout ! Cette connerie prend de moins en moins ! Elle devrait changer de logiciel, comme dirait le Naja ! »  Cependant, une voix monta non du sous-sol, mais du sous-palanquin : « Et pis comme ça, on va faire une grande manif anti-racisse ! »

Soliveau prit l’air pensif ; il savait ainsi donner le change. « M’oui, m’oui… Et si qu’on pouvait aussi mettre quelques provocateurs qu’on dirait que ce serait l’esstrème drwâââte, suggéra Tapioca en ahanant, ça serait formidable ! » « Bon, ben faites à votre guise, ronchonna Soliveau, mais vous allez faire cogner sur vos amis ? » « Normal ! souffla Bazar, c’est de la chair à canon ! » « Vous voyez, quand j’entends ça, dit Alonzo, je me demande quelle est leur psychose : paranoïa ou sadomasochisme ? » « Peut-être simplement imbécillité ! », suggérai-je.

L’équipage bitauresque ayant quitté les lieux, demeurait le Naja. « Oh ça, Splendeur d’Orient, minauda le monarque, quoi vous mène céans ? » « Hum… Sa manif, je ne suis pas sûre que ça va effacer toutes celles de vos ennemis ce week-end… Il y en a tant ! Mais j’ai trouvé le moyen de punir ces mauvais Frangaouis ! » « Oh oh ! fit Soliveau, intéressé, et comment donc ? » « Facile : je vais m’occuper de leurs caleçons ! » « Quoi ? Vous allez laver…. » « Non ! l’interrompit le Naja, mon idée est la suivante : on va faire une loi. » « Contre les caleçons ? » dit naïvement le roi. « Non : contre les clients des prostiputes ! » « Encore une taxe ? » demanda Soliveau en se frottant les mains. « Non ! Une énorme amende pour tous ceux qui paient des passes aux prostituées ! » « Hélà ! protesta Soliveau, ça va pas ! Ces dames paient l’impôt et.. » Il fut brusquement interrompu par une Rottweiler surgissant en peignoir et bigoudis : « Suffit ! Espèce d’obsédé ! Les Marie-Madeleine, c’est des esclaves ! Ça m’emm… de le reconnaître, mais le Naja a une bonne idée ! » « Ouais…commenta La Conscience, je me demande si Rottweiler est bien lacée pour parler de morale ! »

« La France ne saurait être une terre d’accueil pour la prostitution ! » déclama le Naja, « et je veux punir les amateurs d’hétérosexualité tarifiée ! Sus aux caleçons ! » Le roi eut un geste résigné : « Faites à votre idée ! Moi, j’ai une bonne nouvelle à annoncer ! » « Ah oui ? » firent de concert les deux viragos. « Oui, j’ai fait baisser la courbe du chômage ! » « Ah bôôôn ? » persifla Rottweiler, « Et par quelle entourloupette ? » « Secret d’État, ma douce ! » termina le Roi.

« Quand j’évoquais la Nef des Fous, commenta Tromondada,  j’étais loin du compte ! » « Oui, dit tristement La Conscience, ce sont de dangereux déments ! » « A propos de la guerre aux caleçons, dis-je, cela me rappelle un proverbe que l’ami Vautrin aime répéter, en l’attribuant en rigolant aux Baoulés : « le berger dont le caleçon est en jachère / finit par convoiter la chevrette impubère ». Il faut s’attendre à un accroissement extraordinaire des crimes sexuels, avec la loi Naja ! » « C’est ainsi,  dit philosophiquement Alonzo, des lois faites par des pervers ne peuvent qu’avoir des effets pervers. »

Alfred

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