Volée de bois vert

Lièvre de MarsLu dans Le Figaro :

(Source)

« Le ministre de l’Économie, Arnaud Montebourg, s’implique dans l’offre de rachat de l’américain General Electric sur une division du français Alstom. Un «patriotisme économique» pas toujours bien compris outre-Atlantique.

 «Un retour à la France de l’après-guerre», «de mauvais signaux envoyés aux investisseurs étrangers»… L’implication du gouvernement français dans le dossier Alstom n’a pas bonne presse outre-Atlantique. Dans un article du Wall Street Journal  intitulé «La nouvelle proposition de Siemens sur Alstom perturbe l’offre de General Electric», la journaliste Stacy Meichtry qualifie l’implication d’Arnaud Montebourg de «dirigisme» – en français dans le texte.

Le célèbre quotidien des affaires explique que «jeudi, à son arrivée à Paris après un séjour aux États-Unis – où il s’apprêtait à conclure un accord avec General Electric pour lui céder la division énergie d’Alstom -, le PDG d’Alstom, Patrick Kron, a reçu un message urgent en provenance de Bercy. Arnaud Montebourg a sommé le dirigeant de 60 ans de se rendre immédiatement au ministère pour lui expliquer pourquoi Alstom avait engagé des négociations sans le tenir informé». Le ministre de l’Économie aurait indiqué au patron qu’«aucun grand accord ne peut se produire sans son accord», ajoute le quotidien.

Des manœuvres qui étonnent le Wall Street Journal. Le quotidien écrit que «malgré les efforts du président Hollande pour ranimer l’économie anémiée de la France avec des baisses de taxes et d’autres mesures favorables aux entreprises, un des membres de son gouvernement reste fermement ancré dans un dirigisme (en français dans le texte), c’est-à-dire un contrôle étatique de l’économie qui caractérisait la France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale». Le célèbre journal économique explique que «l’interventionnisme d’Arnaud Montebourg est motivé par l’idée selon laquelle un gouvernement a le devoir d’interférer dans les affaires des entreprises – même si l’État n’est pas présent au capital de ces dernières – lorsque des emplois sont en jeu».

Une stratégie mal comprise outre-Atlantique. De fait, «à l’heure où les pays déroulent le tapis rouge aux entreprises pour attirer les entreprises les plus innovantes sur leurs côtes, la France se demande encore comment repousser les prétendants étrangers», écrit le Wall Street Journal. Le quotidien fait ainsi implicitement référence à la déclaration du premier ministre britannique. Peu après l’élection de François Hollande, David Cameron s’était en effet dit prêt à «dérouler le tapis rouge» aux entreprises françaises qui fuiraient l’Hexagone pour la Grande-Bretagne en raison de l’augmentation des impôts voulue par François Hollande.

Le Wall Street Journal rappelle en outre la tentative avortée de Yahoo! pour mettre la main sur Dailymotion. «M. Montebourg a fait échouer les négociations, châtiant ainsi le géant américain du Web», écrit le quotidien… Des faits qui «envoient de mauvais signaux aux investisseurs, qui se découragent», affirme Philippe Aghion, professeur d’économie à Harvard, interrogé par le quotidien.

Une opinion partagée par le média financier CNBC, pour qui la France est coutumière du fait. «Les différents gouvernements français ont tous tenté de bloquer des offres de reprises en provenance d’étrangers, en prétextant qu’il s’agissait de groupes stratégiques pour le pays.»

De son côté, Forbes écrit que «la France est notoirement connue pour être un pays retors envers les acheteurs étrangers». Le magazine rappelle en outre que General Electric avait déjà voulu mettre la main sur une division du géant du nucléaire français Areva en 2010, en vain. Une réorganisation nationale avait eu les faveurs de l’État, souligne le journal, avec une partie du pôle convoité rachetée par Alstom et l’autre par Schneider Electric. »

Juste ! Ce n’était pas la peine d’essayer d’attirer des investisseurs étrangers avec petits fours et discours lénifiants pour donner ensuite la preuve que ce gouvernement est dirigiste, fasciste, ennemi du libéralisme.

Ce serait bien, si Le Figaro (et son rédacteur Mathilde Golla) n’y allait de son petit couplet cocoricouac et d’une ironie déplacée, en pointant le fait que Forbes a déformé le nom du sinistre du redressement (IM) productif en « Mounteborg ». Et alors ? Nous l’appelons bien Montambour, nous !  Mounteborg ne fait qu’accentuer le côté outrecuidant du personnage. Le journalistE essaie de lancer une pique : « Une précipitation qui fait également oublier à la presse américaine que l’État fédéral n’est pas toujours extérieur au monde des affaires. La polémique qui avait entouré l’attribution du contrat des ravitailleurs à Boeing au détriment d’Airbus démontre que la politique peut parfois faire bon ménage avec le milieu des affaires aussi aux États-Unis… » Ouais, et alors ? Donner la préférence à une entreprise enracinée sur le sol national, c’est normal, nous l’avons fait nous-mêmes en matière, par exemple, d’aéronautique militaire, de centrales nucléaires etc… Et il n’est pas sûr que techniquement et financièrement l’achat de ravitailleurs produits par Airbus Industries (qui n’est plus français qu’à hauteur d’une partie du capital, 22,46% en 2010, mais des actions ont été cédées depuis) eût été une meilleure affaire pour l’US Air Force. Et les Yankees ont aussi des travailleurs à protéger, ce n’est pas le monopole de la « république » française.

Mais accorder la préférence nationale, ce n’est pas la même chose que de mettre ses sales pattes crochues de socialiste dans des affaires privées. Alstom appartient à ses actionnaires, pas à l’équipe de larrons qui tyrannise ce pays. Tout ce que je souhaite à ces pignoufes, c’est de ramasser une baffe de plus. D’accord, d’accord, j’aurais préféré qu’Alstom ne fût pas contraint de se vendre. Mais c’est comme ça, bon. Serait-il mieux de la vendre à Siemens, un géant allemand, qu’à General Electrics, un géant américain ? La nationalisation doit être exclue : même sous couvert d’impératifs stratégiques, l’État n’a pas à posséder d’entreprises monopolistiques qui fonctionnent comme des canards boiteux et ne se tiennent à flot qu’à grands renforts d’argent extorqué aux citoyens, avec des comités d’entreprises et des syndicats riches comme Crésus. Tout ce qu’on peut lui concéder, c’est d’avoir des arsenaux. Et si l’on veut une indépendance industrielle, il faut s’en donner les moyens et ne pas taper à tour de bras sur les entreprises et les investisseurs.

Quant à parler de patriotisme, même économique, à propos de la politique socialiste, c’est à se taper le cul par terre ! Si les socialistes sont patriotes, je suis Saint Jean XXIII. Tout ce qu’ils veulent, c’est faire croire, une fois de plus, qu’ils sont les Grands Timoniers protecteurs des travailleurs, vous savez, de ces travailleurs qui, dégoûtés, ne votent plus pour eux. Et ils le font en violant deux droits fondamentaux : celui de propriété et celui d’autonomie. À ce jeu-là, ils récolteront encore plus de chômeurs. Et peut-être du plomb chaud.

Raymond.

Post scriptum : Je ne suis pas pro-américain, mais je regarde seulement, avec irritation, déplacer les pièces sur l’échiquier : Hollande-Montambour trichent. Comme d’hab’.

 

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