De l’empathie au service du totalitarisme

La Pleurniche (small)Comme nous venons de le voir, avec l’insistance criminelle des politiques (Merkel et Hollande en tête) à larmoyer hypocritement sur le cadavre d’un enfant, la violence idéologico-politique use et abuse de l’épanchement sentimental et de l’empathie imbécile. Imbécile, parce que vulgarisée et culpabilisante. Inutile de le préciser : je n’ai plus cette espèce « d’empathie », un fed-up (ras le bol) occasionné par cette insistance de la bien-pensance à jouer abusivement sur des pleurnicheries, depuis l’époque de cet imbécile de Rousseau, m’en protège désormais.  L’épanchement sentimental a remplacé chez mes contemporains la froide raison et ils sont devenus idiots.

On dit que chez les animaux, notamment certains primates, il existerait des « neurones–miroirs » répandus dans toutes les régions de chaque hémisphère cérébral, y compris dans le cortex moteur et le cortex pariétal, lesquels non seulement conduisent le Chimpanzé à singer les gestes de son vis-à-vis, et même à se « représenter » des mouvements déjà vécus mais dont l’aboutissement n’est pas encore connu de la bestiole. On a glosé là-dessus, certains idéalistes pensant que cela permettait même de deviner des intentions : moi, l’affreux, vois une Géraldine cueillir des fleurs et me sourire : voudrait-elle me les offrir ? C’est  pur fantasme. Spéculation stupide de la théorie de l’esprit qui prétend que nous serions doués pour nous mettre dans la tête de l’autre. Ce qui, presque immanquablement, conduit à la déception, car si je me mettais dans la tête de la Géraldine, je serais probablement très déçu du degré d’estime qu’elle a pour moi… et je n’aurais pas de bouquet, de toute façon. Je verrais plutôt dans cette empathie-là l’activation, donc, de circuits réentrants entre amas de neurones sélectionnés par l’expérience (Edelmann et Tononi,  Comment la matière devient conscience).

Car qui a vu l’aiguille du cathéter s’enfoncer dans la veine temporale d’un nourrisson éprouve sans doute une douleur, non point comparable, mais rétrospective : on a déjà été agressé par l’aiguille creuse, et, dame, un bébé… C’est de l’empathie animale, immédiate, inévitable, non condamnable. Ce n’est pas le frère humain qui en est l’objet, mais nous-même, par l’activation d’une structure neuronale. L’empathie est, dès le niveau naturel (animal), identitaire. Mais, être rationnel (enfin parfois), l’humain peut acculturer cette empathie. Si maintenant un sujet (clinique) se plaint des douleurs d’une migraine, malgré une prise d’antalgiques, il argumente, explique que « ça serre comme un étau » ou « ça me vrille le cerveau », choses que le vis-à-vis ne peut pas éprouver soi-même, mais seulement construire avec les arguments du sujet. On peut toujours compatir axiologiquement à cette douleur expliquée, décrite, argumentée, mais on est alors hors de l’empathie naturelle et de l’empathie acculturée. Il en va de même, bien entendu, lorsqu’une personne nous conte ses heurts et malheurs : c’est pour activer notre compassion (celle qui, selon le Roseau, « part d’un bon naturel » – on notera l’ironie) en espérant activer du même coup notre empathie, notre compassion ou notre commisération.

De fait, si l’empathie acculturée suppose une prise de distance (ce qui permet notamment l’intervention thérapeutique), elle est très souvent déviée vers la compassion axiologique. Dire « j’ai mal » c’est une chose, dire « j’ai très mal » en est une autre, car s’y trouve sous-jacent un appel à l’aide ou du moins à la compassion, et une sorte de plaidoyer : « voyez, je ne triche pas, je ne mens pas, je ne vous manipule pas ». Ce sont ces sous-entendus qui mènent insidieusement à la compassion et éloignent de l’empathie raisonnée. On peut l’admettre de la part d’un malade qui a besoin des soins qui le soulagent ; c’est inadmissible et moralement dégradant dans presque tous les autres cas.

Car, à n’en pas douter, ce glissement subreptice de l’empathie à la compassion est un des moyens par lesquels Guides et illuminés exercent la violence politique. Veut-on faire un instant oublier les résultats désastreux d’une politique ? Qu’un accident spectaculaire vienne à point est une bénédiction. Pensez donc : 120 morts dans l’écrasement d’un aéroplane ! Immédiatement, le pouvoir exprime sa « compassion » pour les familles des victimes dont par ailleurs il se soucie comme de sa première chaussette. C’est très exactement l’exploitation ignoble qu’on fait les médias et politiques de ce cadavre d’enfant affiché sans respect ni  pudeur. Mais tant que les citoyens agressés par la mise en scène médiatique compatissent, ils cessent d’analyser politiquement, c’est déjà ça. On compatit, on pleurniche, c’est la forme moderne de la charité et de la bonne conscience de quelques emplumés réunis sur scène une fois l’an.

La pire exploitation de l’empathie compassionnelle par les Guides et illuminés, est sans aucun doute la culpabilisation du peuple. Celle-ci est totalement fondée sur de la manipulation, des demi-vérités et de gros mensonges. Cette mystification a commencé dès le XVIIIe Siècle, puis a prospéré jusqu’à nos jours. Je ne sais pas si Les Misérables  sont encore lus dans les collèges, mais l’épanchement hugolien est assez représentatif de ce phénomène. On peut y ajouter un des phares littéraires du socialisme, Germinal d’un Zola qui a pourtant détesté la Commune de Paris. Le misérable est toujours victime, indépendamment de sa médiocrité, de ses vices ou de sa paresse éventuels. On fait donc appel à la compassion du « nanti », surtout si celui-ci est un membre modeste des classes moyennes. C’est évidemment une distorsion de la vieille charité chrétienne, oubliant les principes de saint Paul (« si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » 2 Thessaloniciens, 3,7 et sq). Mais si cela ne suffit pas, on fera appel à l’auto-flagellation en suscitant la culpabilité, d’une manière totalement illégitime car nous ne sommes nullement responsables des autres.

Il suffit de présenter aux benêts un horrible tableau de la Misère. Dans la période où j’écris, un trafic lucratif et parfaitement organisé draine des centaines de milliers de prétendus « réfugiés » sur les côtes méditerranéennes de l’Europe, il est partout de bonnes âmes pour déclarer que ces pauvres gens sont démunis, qu’il faut les accueillir, les nourrir, les loger. Ce que les bonnes âmes font avec l’argent du contribuable, jamais avec leur propre fortune. Presque personne ne songe que ce flot de misérables serait plus digne en travaillant dans ses pays d’origine à essayer de les développer. Fi ! On nous dit que c’est nous qui avons pillé ces pays et occasionné la misère. Pour quelqu’un qui, comme moi, a vécu dans ces régions, cela ne passe pas : la cause du sous-développement est dans l’apathie, la désorganisation et le tribalisme des peuples eux-mêmes, et nulle part ailleurs.

Le summum est atteint lorsque l’on fait du criminel une victime à qui l’on doit réparation. C’est le dévoiement total de l’empathie compassionnelle. Nous étions habitués à entendre les avocats plaider à tout le moins des circonstances atténuantes parce que l’accusé a eu une enfance malheureuse, des déboires et autres humiliations. En bon rousseauisme, on finit par accuser la société et inviter le citoyen à faire preuve de mansuétude pour le criminel. C’est la thèse politique malheureusement appliquée par un certain Garde des Sceaux, au détriment de la sécurité publique. C’est également celle avancée par la bien-pensance pour excuser le terrorisme islamiste. Il y a des attentats ? Mais c’est parce que les Musulmans sont en butte à l’islamophobie, qu’ils sont relégués dans des ghettos (on mesurera l’ironie de l’expression à l’aune de la détestation des Musulmans pour les Juifs), qu’on les rejette. Autrement dit : « honte à vous, sujets de ce pays, c’est votre faute s’il y a des attentats !  Pas un mot sur le refus de ces gens-là à s’intégrer, à respecter nos lois, rien sur leur arrogance conquérante. Pour l’honneur de nos concitoyens, cette fourberie tend à être éventée, heureusement.

La froide Raison s’oppose à l’épanchement sentimental et à la commisération. Elle commande d’examiner objectivement ce qui peut constituer les attendus d’un jugement, et déconseille fermement de céder à la compassion automatique. Et puisque cette dernière est l’un des leviers avec lesquels des Guides et illuminés asservissent les masses populaires, y résister est à la fois un acte civique et un acte libre.

Sacha

Share
Cette entrée a été publiée dans A la Une. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.