Le potager philosophique

liseron« Travaillons donc sans philosopher » faisait dire le vieux Voltaire à Candide. Ce matin de bonne heure, je travaillais à cultiver mon jardin. Il fallait arroser avant la canicule annoncée pour la journée -bien que la constellation Canis Minor ne soit pas encore concernée- et profiter de la fraîcheur et de la rosée pour sarcler. Saine occupation pour un vieil homme revenu de bien des illusions ; un autre vieil homme, glorifié puis conspué, avait recommandé de revenir à la terre « qui jamais ne mentit ». Ah ! Voilà qui désole les êtres hydroponiques de l’acabit du Jupiter de pacotille et de ses complices, car dans la terre se trouvent les racines, et les plantes croissent en s’enrichissant du sel de la terre. Fi ! Ce n’est pas mæstrichement correct, ça !

Jupiter, Jupin, Jupinet dirait Brigitte M., Juppé, Juppayeurs et Juppayés. La culture des salades incite à la poésie et ne fait pas oublier les cornichons, la preuve ! Pour le sarclage, c’est encore plus philosophique ; notez qu’il vaut mieux philosopher en travaillant que philosopher sans travailler, comme le fait par exemple l’idiot du village, un certain BHL. N’est déplaise à Voltaire, le travail de la terre incline à philosopher, d’abord parce que l’on produit au lieu de consommer. Le consommateur n’est qu’un tube digestif : glouton à une extrémité, et aucun sens des responsabilités à la sortie. Bon : au jardin, on rencontre de vrais bêcheurs et rarement des bêcheuses, quelquefois aussi des têtes de pioche, et de drôles de binettes. Il faut de tout pour faire un monde, c’est vrai !

Je peinais donc à débarrasser mes légumes des habituelles mauvaises herbes : séneçon, mouron, pourpier, et surtout liseron. Ce dernier est incroyablement vivace. Une vraie saleté qui infeste les plates-bandes, s’enroule autour des chers légumes et les prive d’énergie. Bien sûr, chaque jour recommence la guerre contre cette peste, un travail de Sisyphe, car tranchée ici au soir, il en renaît là au matin. Piochant donc avec ardeur, je songeais à tous les avatars politiques du liseron (aussi appelé « boyaux du Diable »), à toutes ces saletés qui appauvrissent les gens et brise leur vie. Eh bien ces avatars ne manquent pas : bien-pensance, recto-humanisme, immigration, islam, perversions, consumérisme, médias de propagande… la liste est bien longue, allez !

La bataille est rude contre ces boyaux du Diable, et le pire : nous sommes en train de la perdre, car il y a des mains occultes pour jeter les graines de la mauvaise herbe dans nos jardins. La preuve : depuis le 7 mai le jardin de France est envahi de liseron. Il s’insinue partout, et nombreux sont les naïfs s’extasiant sur les jolies petites corolles blanches très médiatiques ; ils ne voient pas mourir les légumes. Mais attendez un peu, vous verrez bientôt qu’une loi interdira l’arrachage de cette vermine sous prétexte de discrimination botanique. Quoi ! hurleront certaines zassoc’s, vous discriminez le liseron ! Mais c’est une chance pour les jardins, voyons ! Si vous continuez, nous ferons comme les sages démocrates de l’Ontario qui entendent enlever les enfants de ceux qui tiendraient des propos -phobes divers. Alors gare à la convolvulaciophobie[1], vous serez punis !

Moi, je leur envoie une « FUCK news », à ces ruffians ! Après tout, les médias de propagande nous bassinent bien assez avec l’américanisme « fake-news », n’est-ce pas ? Que ça leur plaise ou pas, à ces gredins, mes confrères jardiniers du potager et moi continuerons à essayer d’éradiquer le liseron. Sous toutes ses formes et ce ne sont (séneçons) ni Jupinet ni les autres mæstrichiens hydroponiques qui nous en dissuaderont. Nous entendons cultiver notre jardin en maîtres. Sans doute nous faudra-t-il des ruses de Papé pour y parvenir, mais je ne désespère pas.

J’en étais là de mes réflexions, lorsque survint le Gégé (un gars qui m’avait donné des plants de blettes à repiquer) qui me rappela à la réalité : après être allé jouer son tiercé en compagnie du Kiki, il se rendait à la mairie. J’avais oublié la comédie des élections à la chambre d’enregistrement ! À vrai dire, je me moque de cette parodie de démocratie, mais pour le coup je me suis dit que ce n’est pas parce que la mauvaise herbe empoisonne le jardin qu’il faut rester les bras croisés. On prend la tranche et on déracine, même si l’on sait que ce sera à recommencer encore et encore. Alors, j’ai quitté mon tablier de jardinier, mes sabots, pris une bonne douche froide, et j’ai mis dans ma poche les bulletins des deux candidats patriotes en lice contre les hydroponiques mæstrichiens, ceux qui sont en marche derrière le joueur de pipeau et ceux qui s’apprêtent à rejoindre la marche des Rats, puis je suis allé voter. Pour Debout la France, cette fois.

Et vlan ! Un petit coup de tranche sur un pied de liseron. Ce sera à recommencer, mais tant pis : je suis jardinier[2].

Vous voyez, on peut raisonnablement philosopher en cultivant son jardin, Monsieur Arouet !

Sacha



[1] Ben oui, le liseron (Convolvulus arvensis) est une convolvulacée, je n’y suis pour rien !

[2] Remarquez, je m’abstiendrai probablement dimanche prochain, car connaissant l’imbécillité des gens de mon département, je n’aurai probablement pas d’autre choix.

Share
Cette entrée a été publiée dans A la Une. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.