#AVECTOUSLE17

gilet-jaune-2J’avais préparé un gilet jaune fluo : c’est laid, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie, comme disait l’autre. J’en ai des tas qui traînent sous les sièges des véhicules de la maison (attention : de vieux véhicules, pas des signes extérieurs de richesse !), dont l’un porte fièrement « Mort aux vaches, mort aux lois, vive l’anarchie ! ». Non que je sois anarchistes, ni que je sois contre toutes les lois -il y en a (très peu !) de respectables- mais c’est pour choquer le bobo qui adôôôôre les lois anti-phobes, c’est-à-dire les non-lois. Bref : pour l’occasion, j’avais fait emplette d’une horreur à 4,75 € sur laquelle j’avais écrit à l’encre noire : « Irréductible gaulois TRÈS en colère » et « STOP TAXES » avec une fleur de lys, sur l’extrados, et à l’intrados, côté bâbord : « Stop à l’arnaque CO2 », côté tribord : « Stop à la spoliation ». Voilà qui résume les motifs à ma participation à l’opération des Gilets Jaunes. Morfalou (1) n’avait sans doute pas pensé que l’horrible gilet qu’il imposa aux automobilistes allait servir de bannière à la contestation, sinon il se serait abstenu.

Bien entendu, un gros blocage était prévu au nord du chef-lieu départemental ; il y a là deux ronds-points ignobles, franchissables uniquement au culot ou à force, dont l’un quitte l’autoroute Occitane pour filer vers l’Ouest. Mais c’est loin de chez moi, et je prévoyais des emmouscailles pour garer mon coche et être en mesure de me débiner dans l’hypothèse où l’affaire m’agacerait. Car on ne sait jamais les slogans qui peuvent surgir d’une foule politiquement bigarrée, et j’eusse été fâché de devoir hurler avec des loups qui n’eussent pas été de mon bord. Heureusement, le département voisin jouxte ma commune, et à quelques kilomètres de mes pénates l’Occitane croise l’axe Mitteleuropa – Atlantique, lequel axe cesse d’ailleurs quelques kilomètres en amont d’être une belle route à quatre voies (2). Le rond-point choisi est vraiment stratégique : voilà mon objectif.

Arrivant par l’ancienne route nationale, je constatai que mon projet de stationnement était plutôt utopique, puisque des deux côtés de la chaussée s’alignaient des files de voitures. Il fallait, me dis-je, accéder au carrefour par une voie détournée. Je fis demi-tour, et par les routes campagnardes j’accédai à un bourg sympathique parce que médiéval en quelque endroit, puis naviguant à l’estime à travers une brume froide et tenace, je parvins par un chemin inconnu de moi aux abords de l’objectif, et trouvai un stationnement selon mes vœux. Je revêtis l’accessoire ad hoc et marchai vers le rassemblement. En chemin, je vis de braves gens tranquillement casser la croûte -comme il se doit vers dix heures du matin dans nos campagnes- puis sentis, porté par le vent d’Eurus venu des steppes, un fumet de grillades. Nos ruraux ne se laissent pas abattre par l’adversité : il était donc normal et sympathique d’avoir installé un gril bricolé afin que les manifestants pussent se sustenter à la fortune du pot. Bien vu !

Tout est calme. Je compte quelque cent cinquante personnes déjà installées, et sept ou huit gendarmes débonnaires. Les participants en place depuis sept heures et demie sont remplacés par de nouveaux arrivants ; hé ! l’minist’, ça fait plus de soixante-quatre personnes sur place, et si en deux mille points du pays il y en a autant qu’ici, ça finit par faire du monde, non ? Des camions patientent à l’entrée du rond-point, moteur arrêté. En fait, on ne bloque pas : on filtre et on retarde. On s’est mis à palabrer avec les gendarmes : on n’admettra qu’un seul camion sur le rond-point, il s’y arrêtera un quatre d’heure, puis on le laissera repartir, et ce sera le tour du suivant. Quatre bahuts par heure : la route n’avait sans doute jamais vu ça ! Donc un brave camionneur Lusitanien avance son attelage, s’immobilise, éteint le moteur. L’assistance applaudit, le chauffeur fait chorus. On bavarde en petits groupes ; moi qui n’ai pas les yeux dans ma poche, j’admire une superbe brune, grande et bien balancée (c’est mon péché pas du tout véniel !). Au temps marqué, notre invité Portugais démarre, avance doucement et nous quitte non sans nous avoir régalés d’un coup de trompetant avertisseur.

J’étais venu là autant pour me joindre à la fronde que pour tâter le pouls de ce qu’ils appellent la France périphérique, celle des Gaulois rebelles, celle qui refuse de se laisser martyriser par les valets du mondialisme, et j’ai compris. On ne crie pas de slogans, contrairement à ce que les MPM (3) nous montrent des rassemblements parisiens. Ici, on parle entre citoyens, à voix basse, c’est-à-dire que l’on se tait. Mais ce silence des habitants d’une vieille terre de maquisards est infiniment plus menaçant pour les kleptocrates qui nous gouvernent que les « Macron démission ! » rue du Faubourg Saint-Honoré, sous les fenêtres du tyranneau. Le silence marque une détermination : on ne se laissera pas spolier. Les urbains vocifèrent, les intellos babillent, les ruraux sont laconiques : des mondes séparés, dont le premier ne survivrait pas sans le dernier. « Ah ! soupirent mes amis intellectuels, il faut les toucher au porte-monnaie, pour qu’ils réagissent ! » Sans doute : mais tout commence par là : subsister. Tout le reste : l’invasion, l’Europe des mercantis, la souveraineté, ça viendra après. Chaque chose en son temps, même si tout est urgent à la fois. La pire faiblesse politique est l’impatience. Quant à l’identité, chez nous, c’est déjà acquis : nous sommes d’ici et pas d’ailleurs. Voici ce que dit ce silence. C’est un commencement, que résume le seul calicot installé au rond-point : « Ils ont ramené la coupe en France. Nous voulons y ramener la Raison ».

Ayant à veiller au train de ma maison, je suis reparti, pensif. Au commencement ! Nul ne sait ce qu’il adviendra ensuite. Il y a encore aujourd’hui çà et là des Gilets Jaunes sur les routes, mon rond-point est encore occupé ce dimanche 18 novembre. Fort bien ! Les énergumènes macroniques essaient de minimiser un élan qui les terrorise. Il suffit pour s’en convaincre de constater combien le ministre amateur de l’Intérieur trafique les chiffres. On fait donner le piètre BHL qui éructe de mépris contre le peuple. Le ministre de l’escrologie – de Rugy ou de Rongis ?- ânonne : « nous suivrons la trajectoire prévue ! » Oui, mon bon apôtre, méfie-toi que la trajectoire ne te mène, toi, Macron et son train, tout droit aux fourches patibulaires ! Si tu avais entendu le silence des gens de chez nous, tu ne ferais pas tant le faraud ! Oh ! Vous aurez beau hâbler, menacer, réprimer : quelque chose vient de commencer, et quels que soient les aléas à venir, vous avez été jugés trop légers, vos jours sont comptés, votre royaume sera divisé.

Sacha

(1) Président de la république de 2007 à 2012, auteur de deux forfaitures : concoction et adhésion parlementaire au traité de Lisbonne d’une part, réintégration de l’organisation armée de l’OTAN d’autre part.

(2) Je me demande pourquoi je ne donne pas le nom des lieux : les sbires de Castaner qui me lisent ont déjà repéré l’endroit, eux ;)

(3) Moyens de Propagande de Masse = les médias officiels

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