Printemps cosmique

OLYMPUS DIGITAL CAMERARetour su Soleil au point vernal. Le calendrier m’a indiqué le lever à 5 h 56 (6 h 56 heure locale). Un coup d’œil par la fenêtre me montre la pelouse couverte de gelée blanche : il faudra s’emmitoufler pour aller au rendez-vous de l’Astre. Chocolat chaud avalé, il faut encore gratter les vitres de la voiture avant de partir. Le ciel est parfaitement bleu, une chance ! Dix minutes de voyage, et voilà le dolmen d’où je verrai poindre Phœbus par-delà les collines. Depuis combien de temps le vieux monument mégalithique est-il traversé par les premiers rayons de l’astre lors des équinoxes ? On n’en sait rien. Je m’attends à quelque écart angulaire entre l’axe du dolmen et l’est magnétique. La déclinaison magnétique faussera un peu la visée de ma boussole, peut-être aussi la précession des équinoxes, bref : de petites perturbations cycliques. Mais du ciel rose à l’est surgit le premier rayon, puis la boule incandescente rouge vif et peu à peu virant à l’or. Les rayons passent sous la table dolménique, comme prévu, avec un peu d’écart angulaire : ils suivent grosso-modo une diagonale. Je mesure : le Soleil est bien au 90, l’axe de la chambre dolménique est au 86 à peu-près. Ce n’est pas un grand écart, et le Printemps n’est pas moins arrivé. D’ailleurs, tout à l’heure en allant vers la voiture, un oiseau me l’a signalé. C’est l’automne dans l’autre hémisphère.

J’aime ces spectacles qu’offre le Cosmos, et tout en goûtant l’ivresse que procure l’ordre cosmique, je songeais aux déracinés enfermés dans les villes sales et dangereuses, qui n’ont même plus la notion de la Terre vivante. Ils en auraient plutôt l’idée insensée d’une sphère bleue menacée par l’affreux CO2 du GIEC, et ne voient pas passer les saisons dans les couleurs du ciel et de la campagne. Pauvres gens ! Il leur manque une dimension vitale, celle du Cosmos, alors ils se gavent de mythes. Moi, j’aime cette régularité cosmique qui nous rappelle que, « nés d’une poussière d’étoiles », nous participons totalement de cet ordre. Un jour des atomes, des molécules s’agrègent et nous donnent l’être, puis se désagrègent et nous font disparaître. Le Soleil oscille entre deux solstices et revient à zéro aux deux équinoxes. Mais qui donc, hormis quelques vieux astronomes poètes, s’en soucie ? Pourtant, le Cosmos a ses lois.

Tout au contraire, la société est un phénomène chaotique. Les Pythonisses pourront toujours s’escrimer à prévoir comment l’Histoire va tourner, elles ont toujours faux. C’est pour cela, pour mettre un semblant d’ordre local dans le chaos, que les sociétés se structurent. Les « libéraux » mondialistes auront beau clamer que le « marché » est un « régulateur naturel » des sociétés, ce n’est là qu’une pauvre prétention de fabricants d’automates pour les enfants. La vérité est que cette prétendue autorégulation mercantile ne produit rien de mieux que du chaos en détruisant les régulateurs politiques : frontières, traditions, enracinement des groupes humains. Et donc livre les hommes à la concurrence prédatrice, à une « lutte pour la vie » où les perdants forment l’immense cohorte des gueux. Déstructurer une société, c’est en faire un état sauvage darwinien, un franchissement à rebours du seuil de l’humain, une régression vers l’animalité. Encore les animaux ne sont-ils pour rien dans leur état : vouloir le copier, c’est renoncer à l’humanité.

On comprend donc pourquoi les « perdants » de ce jeu absurde aspirent à rétablir non la « justice », mais les Lois, celles qui légalisent le légitime, or le marché n’est pas légitime. Dès le moment où l’on privilégie le désir, l’appétence, plus aucune régulation éthique n’existe, c’est la fuite en avant hédoniste, au prix de la prédation. Au prix de la tyrannie. La Loi vise à la régularité ; la « justice » ne vise qu’à favoriser l’appétit égoïste : « je le veux, donc c’est juste ». Triste aporie ! On atteint rapidement l’entropie maximale, quand tout mouvement s’arrête.

Pensons-donc à la régularité du Cosmos, travaillons à reconstruire les régulateurs des sociétés. Je dédie ce Printemps aux Gilets Jaunes, qui semblent avoir provisoirement perdu la partie. Et à Macron, qui ne peut rien comprendre.

Sacha

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