Les politiciens et l’homme d’État

nigel-farageUn distinguo très pertinent, parfois attribué par erreur à Churchill mais énoncé en réalité par James Freeman Clark (1818-1888) mérite, en ces temps de chaos politique, d’être rappelé. « The difference between a politician and a statesman is that a politician thinks about the next election while the statesman thinks about the next generation. » (La différence entre un politicien et un homme d’État est que le politicien pense à la prochaine élection alors que l’homme d’État pense à la prochaine génération.) Je pense que le lecteur saura trouver tout seul, en examinant attentivement le fatras politique français, les faits étayant solidement cette distinction.

Nigel Farage vient de se conduire en homme d’État véritable. Le Peuple avait voté sans ambiguïté en faveur de la sortie d’Europe maastrichtienne du Royaume-Uni. Les castes parlementaires ne l’entendaient pas ainsi et ont fait tout leur possible pour contourner la volonté populaire. La Chambre des Communes a tenté un coup d’État parlementaire mais a fini, contrainte et forcée, par consentir à des élections générales. Notons au passage que le Parlement a manifesté de manière éclatante le vice fondamental de la démocratie dite « représentative » : l’exécutif est empêché d’accomplir la volonté populaire sous la pression de députés qui n’ont cure de celle-ci. D’autres exemples nous sont fournis par l’Italie et par l’Espagne où des coalitions absurdes empêchent l’État de ces pays d’exercer ses prérogatives régaliennes. Or le régalien est précisément ce pouvoir délégué par le peuple à l’État d’assurer la sécurité, à l’intérieur des frontières (Sûreté), aux frontières (Défense), et de régler les rapports du pays avec l’étranger (Diplomatie). Le parlementarisme s’oppose en tous points au régalien.

Revenons à Nigel Farage. Dans le cadre de l’élection à venir, son Parti du Brexit pouvait nourrir des espoirs en raison de son succès aux élections européennes : 30,74% des options exprimées en ont fait le premier parti du Royaume-Uni, confortant le vote populaire au référendum de 2016. Les Conservateurs, lors de cette élection, n’avaient obtenu que 8,84% des voix, ce qui les met théoriquement en position de faiblesse face aux marxistes de Corbyn (13,72%) et à toute la meute des autres partis pro-européens. Si Nigel Farage n’avait été qu’un politicien, il n’aurait considéré que les intérêts de son parti et eût peut-être recherché un accord de coalition avec Boris Johnson et ses Conservateurs. Il a fait mieux : partout où les Conservateurs ont des chances de gagner, il a retiré ses troupes, leur laissant latitude de briguer la confiance là où les marxistes et autres fanatiques de Bruxelles sont puissants.

On parle très peu de ce geste dans nos médias de propagande, je ne sais que par la bande que, consécutivement, l’angoisse hystérique agite Berlin, Bruxelles et Paris. Je ne sais même rien de la réaction des membres du Parti du Brexit, peut-être sont-ils hostiles à cette politique, peut-être sont-ils mi-figue mi-raisin. Peut-être, en homme sages donc patriotes, l’approuvent-ils sans réserve. Il est encore vain de spéculer sur son résultat, le Peuple seul en décidera. Quoi qu’il en soit, voilà un geste noble, celui d’un véritable homme d’État se souciant en premier lieu de l’avenir de son pays et de la génération à venir. Le sort de la génération à venir dépend essentiellement de l’exercice de la pleine souveraineté. Même si, envisageons le pire, les ennemis du Peuple l’emportaient le 12 décembre, Nigel Farage restera quand même dans l’Histoire de l’Angleterre comme un grand homme d’État.

Nous autres Français n’avons plus d’hommes d’État en vue. S’il y en a, ils sont bien cachés ou, tel Jean Lassalle, brocardés. Nous n’avons que des politiciens avides de pouvoir  pressés d’aller à la soupe que leur sert un peuple contraint et forcé. De là le jeu ridicule, mis en scène par les médias de propagande, entre un Macron placé là par les monopoles apatrides et une Marine Le Pen atermoyant entre des programmes politiques plutôt opportunistes et insatisfaisants. Ne parlons même pas de cette « gauche » proprement totalitaire qui, suivant les recommandations naguère édictées par l’officine nuisible Terra Nova déroule, à la fois par idéologie démente et par opportunisme électoral, le tapis vert à l’ennemi de notre civilisation, j’ai nommé l’islam politique. De cette misère politicienne qui est celle du pays nous verrons une fois de plus l’illustration l’an prochain lors des élections municipales. Là, les ambitions des politiciens éclateront au grand jour, chacun cherchant la combinazione propre à les faire élire ou réélire, sans aucun souci du bien commun.

L’homme d’État n’est pas électoraliste. L’ennui est qu’en démocratie, il est difficile, sinon impossible, de bénéficier de la durée pour œuvrer au bien commun et au bénéfice de la prochaine génération. Pour cette raison, l’Histoire le prouve, pour gagner une guerre qui dure il faut presque à coup sûr restreindre provisoirement la démocratie et écarter certains principes -tels les « droits-de-l’homme ». L’homme d’État n’hésitera pas, pour le bien commun, à se résoudre à cela, quitte à être ensuite battu à la prochaine élection, ce qui arriva à Churchill après la victoire de 1945. A l’inverse, la lecture de la Correspondance de Paul Cambon nous montre le spectacle affligeant des politiciens de la IIIe République bien plus soucieux de leur réélection que du bien commun tout en durcissant, au coup par coup et de manière éphémère les prérogatives régaliennes de l’État. De là l’aspect chaotique des politiques politiciennes. De la nôtre, française, en particulier.

J’ajouterai encore une observation, qui pointe du doigt le vice fondamental du système républicain, elle nous est fournie par Tocqueville dans De la démocratie en Amérique : « L’intrigue et la corruption sont les vices naturels aux gouvernements électifs. Mais lorsque le chef de l’État peut être réélu, ces vices s’étendent indéfiniment et compromettent l’existence même du pays. Quand un simple candidat veut parvenir par l’intrigue, ses manœuvres ne sauraient s’exercer que sur un espace circonscrit. Lorsque, au contraire, le chef de l’État lui-même se met sur les rangs, il emprunte pour son propre usage la force du gouvernement. Dans le premier cas, c’est un homme avec ses faibles moyens ; dans le second, c’est l’État lui-même, avec ses immenses ressources, qui intrigue et qui corrompt. » Le lecteur attentif pourra sans peine vérifier la profonde justesse de cette observation. Le pouvoir régalien peine d’être électif : ne serait-il pas mieux qu’il ne le soit pas et que l’homme d’État qui le détient puisse n’avoir pour arbitre de ses décisions que le peuple tout entier et non de vicieux « représentants » politiciens ?

Sacha

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