Retraite ou déroute ?

hiboux025Donc du monde dans les rues, des slogans, des casseurs, des flics cogneurs et un gouvernement de voyous. Un air de déjà-vu : le spectateur finit par se lasser, à moins qu’il ne soit l’Héautontimorouménos (1). Il n’y a que les enfants et les demeurés qui adorent se repasser en boucle la même vidéo. Oh ! En l’occurrence, on change quelques détails : choix des acteurs, dialogues remaniés au goût du jour, bruitages. Tenez : je regardais il y a deux heures quelques images sur RT-France d’une manif’ vespérale. Les chansons et les mots d’ordre braillés avaient tout, y compris dans le rythme, de ce que j’entendais il y a quarante ou cinquante ans lorsqu’une manif’ de tout ce que vous voudrez venait par son vacarme me déranger dans mes chères études. À toujours débloquer de la même façon, genre Copie-Chat (2), il est ridicule d’espérer changer quoi que ce soit.

Regrettons toutefois qu’une fraction des Gilets Jaunes, entraînée par l’extrême-islamo-gauchisme, vienne ès qualités s’agglomérer avec la CGT et SUD. Je l’ai écrit et répété, les GJ « canal historique » ne rêvent pas de Grand Soir, simplement espèrent-ils un retour à la démocratie et à la Raison. Cela dit, je ne suis pas sûr du tout que l’affaire des retraites suffise à mettre tout ce monde dans la rue. Il est très vraisemblable, au contraire, que c’est surtout un profond malaise qui en est la cause. Cette indisposition sociale et culturelle est aussi celles des GJ historiques et de ce peuple que les bobos omphalocentriques (3) appellent « France périphérique ». Il s’ensuit que le rejet de la conjoncture présente se cristallise sur la personne de l’incongru Choupinet Macron et sur son soi-disant « gouvernement ». C’est insuffisant, car si effectivement nombre de nos problèmes procèdent de défauts structurels purement Français (et la Sécurité Sociale comme les Retraites en font partie), l’U.E. et ses oukases les aggravent et même en créent d’autres. Mais je ne vois pas de pancartes portant des slogans hostiles à l’UE.

En toute honnêteté, je dois avouer que s’il ne me déplaît pas que l’on invective, contrarie, harcèle le régime élyséen, il me semble néanmoins que tout ce hourvari sera vain. D’une part parce que Macron a été placé là par des mondialistes puissants lui ayant bien spécifié sa mission, laquelle par ailleurs rencontre les orientations de la Commission de Bruxelles. Il ne lâchera donc pas plus qu’il n’a cédé à la colère des GJ. Au mieux transigera-t-il sur quelques broutilles. En réalité, il fait donner son matois de Premier Ministre qui enfonce un coin propre à disloquer la révolte : les « régimes spéciaux », à propos desquels les médiastres du Propaganda Staffel discourent à charge à longueur d’onde. Autre coin : la gêne effective résultant de l’incommodité actuelle des transports publics due aux grèves ; Édouard Philippe joue sur du velours. En voilà suffisamment pour une fois de plus faire trembler le petit-bourgeois électeur de La France en Marche, du Modem et des Républicains. Ajoutons un zeste de vociférations de Mélanchon, une pincée de vandales, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes macroniens.

Je suis consterné que la question des retraites ne soit pas analysée en termes objectifs. Elle n’est pas née ex-nihilo, elle s’inscrit dans la dynamique générale de la société. Le système par répartition a été vraiment créé à la Libération, lorsqu’il fallait remédier à la ruine occasionnée par la guerre et la honteuse occupation. C’était une mesure d’urgence qui, malheureusement, a perduré. Tant que l’économie croissait, tant que le rapport de l’effectif des travailleurs à l’effectif des retraités était confortable (4 actifs pour 1 retraité), ce système pouvait fonctionner. Mais dès que la natalité a décru, essentiellement en raison de délires idéologiques, jusqu’à atteindre le non-renouvellement de la population, dès que des gouvernements ont organisé le démantèlement de l’Industrie et de l’Agriculture pour fabriquer, selon l’expression giscardienne, une « société de services », dès que le pays a été soumis à des lois étrangères et contraint d’utiliser une monnaie sur laquelle il n’a pas de prise, le nombre des « actifs » a tellement diminué qu’il n’y a plus guère aujourd’hui que 1,5 actifs pour 1 retraité. C’est un échec complet, qui a tué le système des retraites par redistribution. Que l’on s’y prenne comme on voudra, avec quelque 6 millions de chômeurs (au bas mot), je ne sais combien de « migrants » assistés, une industrie réduite à 10% du PIB et une agriculture à 4% de celui-ci, les carottes sont cuites. Il est désolant que les manifestants ne comprennent pas cela et luttent pour un statu quo qui, s’il était acquis, mettrait le système des retraites sous perfusion fiscale dans un pays où 56% du PIB est spolié par un État par ailleurs incapable de remplir ses rôles régaliens.

Tout serait pire encore, à cause des terribles répercussions sociales et culturelles, si l’on suivait les délires d’immigrationnistes comme Delevoye nous serinant que l’importation de « migrants » sauverait nos retraites. Comme si des illettrés pouvaient concourir de manière efficace au développement d’une économie moderne appuyée sur la technologie ! Conclusion : il faut une réforme intelligente, mais celle proposée par Macron pourrait bien ne pas l’être du tout, intelligente. Sauf en regard des intérêts de ses maîtres, bien entendu. Mais pas en regard du bien commun.

Je milite depuis longtemps pour un système de retraites par capitalisation. Je sais : les fonds de pensions, investis, sont sujets aux fluctuations et foucades de l’économie et précisément des marchés. Il est même vraisemblable que prochainement, à l’instar de l’épargne et des assurances sur la vie, les propriétaires de fonds de pension soient dépouillés par les banques à l’occasion d’un grand effondrement des systèmes financiers. C’est vrai ; nous ne sommes pas à l’abri d’un coup de vent de foutro qui mettrait une multitude d’épaves à la côte. Mais une fois venue d’accalmie ? Ne serait-il alors pas mieux que l’argent collecté, au lieu d’être redistribué à perte -car il faut bien huiler les rouages de la machine- soit investi dans des activités productives (et non dans la spéculation financière !), créatrices de biens ? Ne serait-il pas mieux de disposer de fonds de pensions français, investis dans l’économie française de préférence à de l’argent étranger, et capables de générer d’honnêtes plus-values ? Si cela s’accompagnait d’une volonté de réindustrialisation, de renforcement de l’agriculture, et d’une politique nataliste avec arrêt complet de l’immigration venue du Tiers-Monde, cela pourrait fonctionner. Manifestement, personne n’en veut et il semble que les gens préfèrent la fausse quiétude d’un système mort dans les entrailles duquel ils s’abritent comme, dit-on, le firent les grenadiers lors de la retraite de Russie. Si tel est le cas, mon idée est utopique et il n’y a pas de solution. Le socialisme n’en étant pas une, comme l’a démontré l’Histoire.

Sacha

(1) Héautontimorouménos : poème de Baudelaire, translittération du Grec «  heautòn timōroúmenos » , le bourreau de soi-même, énergumène improbable affecté de narcissisme et objet de son propre sadomasochisme.(NdA)

(2) Copie-Chat : nous supposons que Vautrin, grand pourfendeur de Globish, veut dire « Copy Cat ».(NdlR)

(3) Omphalocentrique : Décidément, Vautrin utilise trop le Logotron® pour créer ses néologismes ! L’omphalos, c’est le nombril. Le bobolcho prend son nombril pour le centre du monde, tout ce qui n’est pas Lui étant rejeté à la périphérie. (NdlR)

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