Une interview en Enfer

C’est arrivé bizarrement ; une enveloppe en papier kraft sur mon bureau, à la Rédac’ de ChezRaoul. Pas ordinaire. Je passe le truc au détecteur, des fois que.. Enfin, j’ouvre. Papier à en-tête, un pentagramme avec des symboles tordus et l’effigie d’un bouc aux cornes torsadées.  « Semper ad Inferos ». L’écriture semble à l’encre rouge : « Si vous voulez bien saisir l’occasion unique de connaître l’opinion d’A.H. sur la situation en France, présentez-vous au Palais de l’Elysée, 3e sous-sol, près de la salle Jupiter. Ci-joint un sauf-conduit. Pour le Grand Maître et par ordre. Signé : Bélial. »

Ben mon colon ! Je veux parler de mon grand colon, qui se tortille de frousse. Mais après tout, ça vaut la peine d’essayer ; sans rien dire à Vautrin, ni à Fernand, je file illico à Paris. A l’Elysée, je passe sans encombre : les sentinelles ne semblent même pas me voir. Troisième sous-sol ; on a fait des travaux, une Nouvelle Galerie fermée par une porte blindée, sur laquelle est écrit : « Vous qui entrez ici, perdez toute espérance » Hum ! Enfin, on verra bien ! Je toque à la porte, elle s’ouvre sur un crépuscule rougeoyant ; un guide apparaît, qui jette un coup d’œil distrait sur le sauf-conduit : « Suivez-moi ! » La porte se referme et je constate que la même inscription figure de ce côté-ci. « Normal ! dit le guide, la France est devenue succursale depuis le 6 mai. Au fait, je m’appelle Ravachol. » « Ah ? Vous êtes parent avec… » « C’est moi-même ! » Bon gu ! Nous cheminons dans un labyrinthe chtonien aux odeurs de souffre fondu et de viande grillée. Je comprends -ce qui me reste de cheveux se dresse sur mon crâne- que nous sommes en Enfer. « Pas de quoi vous tortiller le corgnolon, dit Ravachol, vous êtes là en reportage, vous en sortirez ! »

Je me dis qu’il va falloir se fader un sacré chemin dans tous ces cercles infernaux, mais curieusement nous arrivons vite à un palier : « Nous y voilà, dit Ravachol, On a rajouté une aile à la bicoque au XXe siècle pour y colloquer tous les tyrans de l’époque, et Satan sait s’il y en a eu ! » En effet, le long du couloir pavé de bonnes intentions, s’allongent des portes avec le nom des occupants : M. Pol-Pot, M. Kim-Il-Sung, M. J.V. Djougachvili,  M. Mao Tsé-Toung, M. V.I. Oulianov, M. B. Mussolini, et bien d’autres voisins de palier dont un mystérieux M. F. de Jarnac. Enfin, Ravachol sonne à la porte de M. A. Hitler :

-Ja ? Wer is da ?

- Herr Raymond La-Science, ihre Verabredung.

- Daß eintritt !

Ravachol me glisse en ouvrant la porte : “Il a un peu changé, mais vous le reconnaîtrez. Quand vous aurez fini, sifflez le premier couplet des « Filles de Camaret ». » OK.

La chambre est petite, un châlit, une table, une armoire et deux chaises. Lui est antique, cheveux et moustache blanchis, mais toujours une lueur diabolique dans les yeux, avec des étincelles d’ironie en toisant le pauvre Raymond.

-Wilkommen bei dir ! dit Adolf.

-Guten tag, Herr Hitler !

-Nein ! Man mennt mich immer Meinen Führer ! rouspète-t-il.

-Ah ! On vous appelle toujours « Mon Führer ».. Man gibt immer die Ehrenvollen, brings als  Überschrift, als ob sie lebhaft waren ?

- Ouais.. On va parler im Franzosen, vu que vous parlez notre belle langue Aryenne comme une vache espagnole, ronchonne-t-il.

- Ce sera en effet plus facile !

- Alors, bon ! Ici, à l’étage, on nous donne toujours nos titres, vu que nous ne sommes pas des .. des.. wie sagt man ?.. des damnés. Nous sommes des diables ! Wir sind Teufel !

- Je vois. Quels sont vos rapports avec Satan ?

- Ausgezeichnet ! Excellents ! Joseph Staline et moi sommes de son Conseil. Mais vous n’êtes pas ici pour savoir ce que je deviens, ist das nicht ?

-Pas du tout ! On me dit que vous souhaitez commenter la situation politique en France ?

Hitler part d’un grand rire rauque et rural :

- Ah ! Ah ! Je me marre  was in Ihnen ankomt.. de ce qui vous tombe sur la cafetière !

- Oh ben ! Il n’y a pas de quoi rire ! fais-je, vexé.

-Si ! Si ! La France, elle est kaput ! Satan l’habite ! Remarquez, je ne vois pas ce que ça a de drôle..

- Quoi ? Que la France soit en déconfiture ?

- Nein, que Satan l’habite ! Comprends pas, Satan, ce n’est pas ein Ministrant.. heu.. un enfant de chœur ..

- Passons. Alors ?

- Oh mais ! J’avais écrit in Mein Kampf que j’allais détruire la France : « Ich werde Frankreich zerstören ». Mais j’étais idiot ! Dummköpf ! J’aurais dû comprendre qu’il suffisait d’être patient ! Les Français étaient déjà assez.. Dumm.. stupides pour tout foutre en l’air tout seuls ! Bon, c’est pas grave, je me suis bien marré quand vos troufions mettaient le cap au Sud alors que mes Panzern faisaient une.. wie sagt man ? .. Militärischer Spaziergang .. ?

- Une promenade militaire ?

- Ja ! Une promenade militaire. La course à l’échalotte, ah ah ah ! Alors là, quand j’ai su que le gouvernement Français, ces bouffeurs de curés, allaient à Notre-Dame pour demander au Ciel de sauver la France, j’ai cru mourir de rire ! Das was so lustig !

Il me vexe de plus en plus, l’Adolf, mais je dois tout-de-même reconnaître que…

-Oui, dis-je, mais au bout du compte vous avez été vaincu !

-Ach ! Mais pas par vous ! Ohne Englands shakespearien Saüler aidé par les Juifs de Wall-Street et acoquinés à Joseph..

- Vous parlez de qui, là ? L’Anglais…

- Oui, l’ivrogne shakespearien ! Falstaff ! Churchill ! Mais vous croyez avoir gagné en 45 : kolossal Illusion ! La guerre n’est pas finie ! Der Krieg ist noch nicht beendet !

- Ouais.. Revenons-en à aujourd’hui, si vous le voulez bien !

Le Débris se frotte les mains :

-Nous y sommes en plein ! Vous venez de virer votre Paul Raynaud..

- Heu.. Vous voulez dire : Sarkozy ?

- Ja, ja ! Du pareil au même ! En hüpfender knirps.. un nabot sautillant, nerveux, intrigant comme Raynaud. Des gars comme ça, recta, ils vous mettent en pleine déconfiture. Alors les Français viennent de le remplacer par Daladier.. Ah Ah Ah ! Encore plus nul ! Ich bin zu lachen gestorben ! Pété de rire ! Vous l’auriez vu à München, le Daladier ! Votre Hollande, c’est Daladier, vous verrez !

-Selon vous, il ne fait pas le poids ?

- Nein ! Regardez-le face à Merkel, der deustche chancelière -dennoch ist sie nicht genial- il reviendra chaque fois comme Daladier de Bertschesgarden, en caleçon et acclamé par les cons. De toute façon, votre économie est dans le Scheiße Welt.. dans un monde merdique. Plus d’industrie.. Foutue ! Et vous êtes encore moins indépendants que sous le Feldmarschall Pétain ! Vos lois ? Ihre Gesetze sind in Brüssell von den europäischen Bürokraten gemacht ! C’est les eurocrates de Bruxelles qui les font ! Je vous ai flanqué une pile en 40, et vous ne vous êtes pas relevés !

Du coup, ma fibre patriotique en prend un sale coup.

- Quand-même ! Sous de Gaulle..

- Ja ! Er ist im Begriff gewesen fertigzubringen. Il allait réussir, mais vous l’avez viré. Vous préférez être dans la Scheiße, comme ça vous chantez pareil à votre stupide totem, le coq. Vous voyez le résultat : même plus libres de battre monnaie. L’Euro ! Der Euro, das ist der Mark, und wir haben gewonnen.. Et nous avons gagné !

- C’est la Bundesrepublik qui a gagné, pas votre Reich !

- Alors là, mon gars, vous.. wie sagt man ? …vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’au caleçon ! Pour l’économie, d’accord, c’est l’Allemagne Fédérale. Mais question racisme.. Ach ! Ich geifere daher Vergnügens ! J’en bave de plaisir ! Le Reich a gagné !

Je suis estomaqué. Quelle histoire !

- Comment ça, dis-je, On n’arrête pas de faire des lois antiracistes !

- Justement ! Vos verdorbene Köpfe… vos têtes pourries n’arrêtent pas d’inventer du racisme. Wunderbar !

- Et comme ça, d’après vous ?

- Hé ! Relisez vos propres articles ! Vous ne cessez de pointer sur « Die fascistiche Apothek », l’officine fasciste Terra Nova. Oui, oui, vous avez vu juste. Mais il n’y a pas qu’elle ! Votre SDN.. je veux dire votre ONU, aussi, et tous les gens qui travaillent à installer les populaces du Sud au Nord. Remplacement de population, comme ils ne disent pas. Mais c’est ça : Bevölkerungsersatz. Moi, j’étais pour, mais en remplaçant les.. hum… autres… par les Aryens. Là, nichtwar, c’est carrément le contraire. Tenez, in Kossovo, votre OTAN a viré les Serbes pour y mettre des musulmans albanais. Et voyez votre ville de Lille, c’est la ville algérienne où il y a le plus de Français. Frau Bürgmeister, als ob ruft sie… Frau Aubry-Brochen, ja, elle marche à fond avec die nördliche islamistiche Liga, la Ligue Islamiste du Nord. Tous vos socialistes font comme elle : copain-copain avec les musulmans. Das ist wunderbar !

- Vous ne nous apprenez rien ! grinçai-je.

- Oui, mais vous voyez où ça va vous mener ? La plus formidable entreprise raciste de tous les temps ! Là, le Führer se frotte les mains et esquisse un pas de danse. Et vos socialistes poussent à la roue ! C’est en marche et, Gott sei Dank ! On arrive au bout ! Parce qu’est-ce-ce que vous croyez ? J’aime les musulmans ! Ich liebe die Muselmanne ! Il n’y a pas plus racistes que ces gens-là ! J’avais deux SS Divisionen musulmanes pour anéantir les Juifs !  Nous étions d’accord avec le Muphti, et aujourd’hui encore, Muselmanne ziehen vorbei, zurufend « Heil Hitler ! » .. heu.. des musulmans défilent en criant « Heil Hitler ! »

- Rien de bien nouveau !

-Gehen wir ! Ich werde Ihnen den Trick zeigen. Je vais vous dévoiler la combine. De toute façon, vous êtes cuits, vous ne pouvez plus rien. On s’est arrangés, Satan et nous, pour pourrir les consciences. Der Antirassismus ! L’antiracisme …

- Vous voulez dire : le racisme à l’envers ?

Hitler se lève, en proie à une vive agitation :

- Sehr gut ! L’antiracisme, c’est le même racisme, retourné comme un gant ; mais ça reste un gant. Gut ! Das wichtig, c’est de poser pour axiome : le racisme est un péché de Blanc. Der Rassismus ist eine Sünde der Weißen. (Il prend un ton doctoral : ) Corollaire : ein Grau oder ein Schwartz können nicht rassistich sein. Un Gris ou un Noir ne peut pas être raciste. Et ça, on va vous le seriner à longueur de journée, grâce aux médias. Ach ! Goebbels et son Propaganda Staffel était un … liebhaber …un amateur. Donc : pour supprimer le racisme, supprimons les Blancs. Beseitigen wir die Weißen. C’est exactement ce à quoi tend le Bevölkerungersatz, le remplacement de population. Imparable !

-Terrifiant !

- Ja, ist das nicht ? Mais c’est marrant ! Et si vous essayez de vous opposer à ce torrent de mensonges, eh bien ! on va vous dire : sie stehen dem Fortschritt entgegen. Vous vous opposez au Progrès. Vous faites obstacle au Neuer Mann, à l’Homme Nouveau, supérieur, c’est-à-dire au Gekreutzen Mann, à l’Homme Métissé

Il se rassoit, avec un sourire de jubilation.

-Bizarre, dis-je, vous qui prêchiez la pureté raciale, œuvrer pour le métissage…

- Ach ! Sie haben nichts verstanden ! Bougre d’animal ! Je suis mort, donc je me fous de la pureté aryenne ! D’abord les Aryens m’ont trahi ! Ce qui m’intéresse ici, c’est der Rassismus ! Voir disparaître une race !

- Et pourquoi les Blancs ?

- Question de génétique ! Gris et Noir sont des gènes dominants, donc Blanc finira par disparaître. Conclusion : der Mestize ist mein Arischer. Le Métis, c’est mon Aryen d’aujourd’hui. Vous comprenez pourquoi votre Hollande sert nos .. Absichten… nos desseins ?

- Oui, il va installer le métissage forcé.

- Pas forcé, Knotenköpf ! i-né-vi-table ! A commencer par donner aux unter.. heu, allochtones des droits politiques contraires à vos lois fondamentales.

- Je vois, dis-je tristement, le Reich a perdu, la Race a gagné !

- Sehr gut ! Maintenant, on s’en fout de la pureté du sang, die Doktrin vermischten Blutes, la Doctrine du Sang Mêlé est devenue la Religion. Ich sterbe zu lachen ! Je meurs de rire. Le plus drôle. ;     Ah ! Ah ! Ah ! Le plus drôle, c’est que l’Aryen, le Blanc, est la .. Zeil.. cible par excellence. Trop la gueule de SS. Ils doivent effacer ce mauvais souvenir ! Die dunkelsten stunden unsere Geschichte .. Les heures les plus sombres de notre Histoire !! Welche Schwachköpfe ! Quels imbéciles ! Quels idiots ! C’est EUX qui les écrivent maintenant ! Ah Ah AH AH ! Ils me haïssent, mais ils font comme moi. Liebe geistige Söhnen ! Chers fils spirituels !

- Et ça vous fait rire ? J’ai de la peine à contenir ma rage. M’étonne pas de vous !

- Pardi ! Je suis content. Regardez : sie verletzen ihre Töchter, aber sie haben kein Recht zu protestieren. Ils violent vos filles et déjà vous n’avez plus le droit de protester, sinon vous êtes islamophobe. Und die sagt islamophobe, Rassisten sagt ; qui dit islamophobe dit raciste ! Bien joué, hein ?

- Désolant, de vrai !

- oui, hein ? Ah Ah Ah Ah ! Ihre religiöse Praxis, wenn sie zweifein, sofort sagt man ihnen islamophobe.. Si vous remettez en cause leurs pratiques religieuses, tout de suite on vous dit islamophobe ; et vous êtes coincé. Vicieux, le cercle, hein ?

J’en ai assez entendu, je me lève et vais vers la porte. Il dit vrai, ce monstre, mais il s’en réjouit !

- Ouais, grommelai-je, et vous croyez qu’on va se laisser faire ?

- Oh mais oui ! Vous êtes fichus ! Une civilisation de tafioles !

- En conclusion ?

- Ach ! Ich habe verdammte Scheiße im Western gesät ! J’ai foutu une sacrée merde en Occident, et je suis content ! Auf Wiedersehen !

Je sifflai « Les Filles de Camaret » ; Ravachol me reconduisit au troisième sous-sol de l’Elysée. En sortant du palais, je croisai le nouveau président, trempé comme un barbet : il venait de prendre la saucée sur les Champs Elysées. Les Dieux ont douché son triomphe. C’est toujours ça.

Raymond.

 

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