Quand on protège la vermine…

pouletgrippeIl m’arrive d’acheter un sac de granulés pour nourrir mes lapins, lorsque manque la luzerne ou que la pluie m’empêche de la récolter. Hier, je me rendis donc chez un détaillant, afin de quérir le précieux sac de pitance. À la caisse, deux gentils vieux se plaignaient qu’ils n’avaient pas trouvé de quoi se débarrasser des loirs. Autrefois, disait l’homme, vous vendiez un poison… La caissière, un peu embarrassée : « On n’a plus le droit de tuer les loirs ! » Nous étions tous estomaqués par la nouvelle. « Mais, reprit-elle, nous avons un produit. On ne peut pas dire qu’il tue les loirs, mais les « rats de grenier », si ! »

Tandis que la serviable caissière allait chercher le paquet raticide, je laissai libre cours à ma colère : « C’est incroyable ! On fait des lois pour protéger la vermine ! On nous fabrique un monde de fous ! » Nous échangeâmes quelques banalités sur les nuisances occasionnées par ces sales bêtes de loirs. Puis nous évoquâmes d’autres nuisibles protégés : hérons, cormorans, et même les buses qui prolifèrent. Personnellement, les buses ne me gênent guère, mais les oiseaux pêcheurs ont, depuis deux décennies, contribué à la désertification halieutique de nos cours d’eau bien plus que la pollution. La caissière, revenue, rajouta : « Et les loups ! Vous ne croyez pas que les paysans finiront par leur jeter des coups de fusil s’ils ravagent les troupeaux ? »

Le fait est : on nous fabrique un monde de fous. « On » : les escrolos et les imbéciles politiques qui ont besoin de leurs voix pour s’emparer du pouvoir. L’imbécile vous servira tout de go : « Mais c’est gentil, un loir ! Vous voudriez pas faire du mal à une si jolie petite bête ? » Ben si, s’ils nichent dans ma laine de verre, pissent à tâcher les plafonds, rongent les câbles électriques, pillent les réserves de ma grange. L’imbécillité est peut-être née aux Amériques, avec les stupides souris parlantes de Disney, mais nous en avons vite hérité. Pour en arriver à cette ahurissante situation : la vermine, les nuisibles que l’agriculteur avait mis des siècles à tenir en lisière, voilà que des lois ridicules la protègent et la font proliférer. Et le crétin, le cul dans son fauteuil urbain s’imagine qu’il n’est pas menacé et zut ! Que les ploucs se débrouillent !

Une civilisation qui aime mieux l’animal que l’homme (et l’autre que soi) –et qui, paradoxe, industrialise l’animal mis en batterie – est évidemment décadente. Ce n’est pas un scoop. Elle se prépare un méchant retour de bâton. En cherchant bien, lecteur, tu découvriras d’autres lois protégeant d’autres vermines, elles sont pléthore. Et tu en tireras les conclusions philosophiques et politiques qui s’imposent dont celle-ci : il est des « lois » qui n’en sont pas, puisqu’elles vont à l’encontre de l’intérêt général, et elles doivent être systématiquement violées avant d’être en mesure de les abroger.

Sacha

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