C’est râpé ? Non, l’Histoire est en gésine et Macron illégitime

diablesse-et-angeline-gjÉvidemment, le traquenard du 1er décembre a porté un sale coup aux GJ. Si je dis « traquenard », c’est parce que le dispositif castanérien était concocté pour forcer le rassemblement autour de l’Arc de Triomphe. On allait doser la quantité d’apaches gaucho-fascistes, habituels casseurs à la solde du gouvernement, et orchestrer les dévastations. Les images de RT-France ne laissent aucun doute là-dessus. Une autre preuve nous est servie dans l’article de François Falcon sur Boulevard Voltaire :

« Laurent Nuñez, notre vice-ministre de l’Intérieur, est sur le plateau de BFM. Clap ! Gros plan sur la flamme et apparition d’un insert du ministre. Un esprit soupçonneux aurait pu croire que tout était en place pour qu’il commente en direct la profanation de la tombe du Soldat inconnu.

Et là, patatras : le scénario prévisible, pour ne pas dire le scénario prévu, est perturbé par un bataillon d’authentiques gilets jaunes qui s’agenouillent devant la tombe et chantent « La Marseillaise ». Sur le plateau, le ministre reste coi. Il semble pris au dépourvu. Relancé par le journaliste de service, Laurent Nuñez se met alors à réciter des éléments de langage qui tombent complètement à plat dans ce nouveau contexte : « Euh, certes… vous voyez qu’ils chantent “La Marseillaise”, mais vous voyez bien que ce n’est pas ce que nous voyons sur le terrain. » Traduisons : ce que vous voyez de vos propres yeux est moins fiable que ce que le gouvernement et les médias vous racontent.

Mais le plus saisissant est à venir ; toujours sous le coup de cette « Marseillaise » impromptue, le secrétaire d’État crache inconsciemment le morceau : à deux reprises, il répète « l’image que je veux retenir, l’image que je veux retenir [vous aurez correctement traduit par l’image que nous voulons donner de ce mouvement], ce sont des gens qui sont extrêmement violents, qui sont venus pour casser et qui s’en prennent aux forces de l’ordre ». C’était en contradiction totale avec ce qui défilait à ce moment-là à l’écran, mais cela correspond très exactement aux images que les médias ont servies aux Français tout le reste de la journée. » Fin de citation.

Gouvernement et MPM sont une fois de plus complices, et BFM-WC ira se plaindre que ses reporters se font insulter ! Bon, mais il est évident que Macron ne cèdera pas, car il est protégé par des institutions qui, si elles furent à la hauteur du grand homme d’État qui est a créées, se révèlent dangereuses entre les mains de politicards du genre Macron.

Macron… Quelqu’un (j’ai perdu la page, excusez-moi ) écrivait toujours dans BVoltaire qu’on ne pouvait pas demander au président d’être un parangon de vertu ; un autre éditorialiste de BVoltaire écrit : «  Quant à Emmanuel Macron, il a été élu par 20 millions de Français, quoi qu’on puisse ergoter sur les blancs, les nuls, l’affaire Fillon et l’épouvantail Marine Le Pen. Il a une véritable légitimité démocratique. Idem pour sa majorité parlementaire, quoi qu’on puisse dire, là encore, des conditions de l’élection (une abstention historique de plus de 50 %). ». Ces deux articles posent en fait le problème d’une énorme et regrettable confusion entre légalité et légitimité.

Certes, comme l’indiquait le bilan de la présidentielle établi par notre ami Raymond, le quorum était atteint et Macron a bien été élu par la majorité qualifiée (20277167 votes en sa faveur), toutefois 26046395 citoyens (56,25% des inscrits) n’ont pas voté pour lui. Ce qui relativise son score, mais ne lui enlève pas la légalité, puisque tout s’est passé conformément à la loi, même si l’on peut et doit critiquer l’arbitraire d’une loi qui ne compte pas les bulletins blancs. La légalité, c’est affaire de chiffres, mais la légitimité est d’une toute autre nature.

Est légitime d’abord un acte qui s’autorise à l’issue d’un processus éthique, qui ne résulte pas naturellement de la simple pulsion instinctive (quod libet = désir immédiat) mais qui s’accomplit en en payant le prix (congé) et en s’en donnant licence (quod licet). La légitimité accomplit donc un sacrifice ; est légitime celui qui garde l’empire sur lui-même. Ceci n’a donc rien à voir avec l’arithmétique politique. Il y a cependant une conséquence hégétique à cela. C’est qu’un président, un ministre, reçoit en délégation non seulement le pouvoir régalien (Défense, Sécurité, Diplomatie, à l’exclusion de tout autre rôle), mais aussi, et dans ce cadre strict, le pouvoir de « veiller au salut de l’Empire », c’est-à-dire à veiller sur l’accomplissement ou l’inaccomplissement de nos désirs qui pourraient avoir des conséquences dans la vie de la Cité.

Si l’on a bien compris cela, on en déduit qu’un président doit nécessairement être un parangon de vertu. Le scandale de la « fête de la musique » élyséenne, les photos des « doigts d’honneur », avec tout l’arrière-plan de manque à l’éthique, et tant d’autres faits, montrent d’évidence que Macron n’est pas légitime. Si sa côte de popularité est si basse, s’il est tant détesté, c’est qu’il est illégitime. Conséquence : si l’autorité est cette aura dont est revêtu celui qui cumule la légalité et la légitimité, Macron n’a pas l’autorité, les institutions ne lui permettent que d’être autoritaire. Il ne déviera donc pas de ce cap qui conduit le pays sur les brisants ; tout au plus changera-t-il de premier ministre et se gardera bien de dissoudre cette chambre d’enregistrement qu’est l’Assemblée.

Voilà qui compromet le projet des GJ d’obtenir pacifiquement et démocratiquement l’abandon des taxes infernales. Un autre danger guette le mouvement : la récupération par l’extrême gauche. Le rôle des casseurs « antifas » et « blackblocks » est un symptôme. Il y en a d’autres. Guillemette Pâris note, dans Bvoltaire :

« Le plus visible et le plus audible des « récupérateurs » reste le député FI François Ruffin, ancien orateur des rencontres bobos Nuit debout (1). Il s’est fait filmer dans le métro parisien, le samedi 24 novembre, se montre à la télévision, ressuscitait, jeudi, Nuit debout sur la place de la République à Paris et fait semblant de rejouer la Révolution française en appliquant abusivement le terme de « cahier de doléances » à quelques fiches de paye. Par la magie du néocommunisme, il est en train de remplacer, dans les médias et à l’Assemblée, la révolte des gens qui veulent conserver le fruit de leur travail par une lutte des « pauvres » contre les « riches » qui ne paient pas assez, et par « riches », entendez quelque chose de suffisamment flou pour que les écolos parisiens ne se sentent pas concernés. On assiste donc à une tentative d’inversion du mouvement, pour réclamer davantage de pression fiscale sur « les autres ». Encore un effort et les journalistes, heureux de se trouver enfin bien accueillis, tendront des micros complaisants à l’écolocratie parisienne, nouveau porte-parole d’un mouvement qu’elle méprise depuis le début.

Parmi ceux qui capitalisent sur le soulèvement pacifique de la France rurale, les pires restent les antifas urbains qui monopolisent les caméras et décrédibilisent le mouvement. Ils ont vainement tenté de lancer l’« Internationale » dans les cortèges, sont les principaux auteurs des destructions, des feux de poubelles, des incendies de chantiers et, maintenant, de celui d’une succursale du Crédit lyonnais avec l’immeuble habité qui l’entoure, ils ont tagué les Champs-Élysées jusqu’à l’Arc de Triomphe inclus, s’attaquent brutalement aux forces de l’ordre… En somme, ce sont les auteurs des désordres que le ministre de l’Intérieur a tenté de mettre sur le dos de « l’ultra-droite » parce qu’avec un siècle de retard, ils croient faire le Grand Soir dès potron-minet et déclencher une insurrection communiste en France. Aujourd’hui, une bagarre a éclaté entre eux et les (vrais) gilets jaunes qui ont tenté de les entraver dans leurs exactions.

La « convergence des luttes » chère à l’extrême gauche fait que le gilet jaune, ce week-end, habille des causes qui n’ont plus rien à voir avec la protestation d’origine. À l’appel de l’UNL, des lycéens manifestent contre la réforme du lycée. Des étudiants font grève contre la hausse des frais universitaires pour les étrangers. Le collectif Rosa-Parks profite de l’intérêt médiatique pour manifester « contre le racisme ». Les cheminots ont repris la « lutte ouvrière » contre la réforme de la SNCF, mais en s’intitulant « gilets jaunes » ou « gilets orange ». Fin de citation.

Les « Strême Gauches » (dixit Lapin Taquin) s’emparent de la colère ; ils le font avec de vieilles méthodes datant de l’agitprop », certes, en suivant une idéologie usée jusqu’à la corde, mais il demeure qu’ils présentent un danger énorme de fracture du mouvement des GJ certes apolitique au regard des partis, mais réellement politique au regard de la Cité.

« Que faire ? » Il n’est pas facile de structurer un mouvement spontané. Macron convoque les partis politiques, mais c’est une manœuvre de plus. Le mouvement des GJ pourrait vraisemblablement se mettre en veilleuse : la colère, cependant, persistera, voire croîtra à compter de janvier prochain lorsque de nouvelles spoliations seront commises. Je le redis : nous sommes à un commencement. L’Histoire, cette bonne vieille Histoire honnie des historiens « progressistes » est à nouveau en gésine. Et Paris n’est plus le lieu des soubresauts de l’Histoire : Paris des bobos, Paris de la Goutte-d’Or, Paris des défilés syndicaux, n’est plus la France.

Sacha

(1) J’avais oublié ce détail dans l’évocation de ce Raffin, les Nuits de Boue grotesque exhibition de gauchos incontinents et stupides (double pléonasme !).

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